Vers un coup d’État à Madagascar ?

La Grande Île retient son souffle. Hier après-midi, le général Démosthène Pikulas, nouveau chef d’état-major autoproclamé de l’armée malgache, a pris officiellement ses fonctions au quartier général d’Andohalo, sous les applaudissements d’une soixantaine de hauts gradés. Nommé par les militaires du CAPSAT, une unité d’élite désormais en rupture ouverte avecle pouvoir civil, le général Pikulas a promis de « ramener le calme et la paix dans tout Madagascar».

Sa nomination, saluée par une partie de l’état-major et rejetée par le gouvernement, intervient après plusieurs jours de manifestations antigouvernementales dans les grandes villes, notamment à Antananarivo, Toamasina et Fianarantsoa. Ce qui avait commencé comme un mouvement social contre les coupures d’eau et d’électricité s’est transformé en contestation politique majeure. Les protestataires dénoncent la corruption, la vie chère et la gouvernance du président Andry Rajoelina, au pouvoir depuis 2019.

Face à cette montée des tensions, la présidence malgache a dénoncé une « tentative de coup d’État ». Dans un communiqué publié samedi soir, le gouvernement a accusé des militaires de « chercher à renverser les institutions de la République ». Le président Rajoelina, qui se trouve toujours dans la capitale, a appelé au « dialogue et au respect de la légalité républicaine ».

Mais sur le terrain, le ton se durcit. Selon plusieurs sources militaires, les unités du CAPSAT contrôlent désormais certains sites stratégiques d’Antananarivo, dont le ministère de la Défense. D’autres garnisons, notamment dans le nord et l’ouest du pays, hésiteraient encore sur la position à adopter. Interrogé sur le degré d’adhésion de l’armée à ce mouvement, le général Pikulas a éludé : « Nous aimons tous le pays. Ceux qui pensent aimer Madagascar doivent se concentrer sur cet amour et le préserver. Les chefs militaires d’Antananarivo sont ici autour de moi. Quant à ceux des provinces, nous avons établi des liens de communication avec eux. »

Ce discours, aux accents d’unité nationale, ne masque pas les divisions profondes qui traversent la hiérarchie militaire. Si certains officiers se rallient à l’appel du général Pikulas, d’autres restent fidèles au commandement officiel. Dans les rues d’Antananarivo, la population observe avec inquiétude cette montée en puissance des uniformes.

La communauté internationale appelle à la retenue. L’Union africaine, par la voix de son président Moussa Faki Mahamat, s’est dite « préoccupée par les événements en cours » et a exhorté les forces armées à « respecter l’ordre constitutionnel ».

Alors que la nuit d’hier est tombée sur la capitale, nul ne sait si Madagascar bascule vers un nouveau coup d’État — le quatrième en moins de vingt ans — ou si un compromis politique pourra encore éviter la rupture.

ADRIAMIRA LHAMIDI

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