À quelques semaines du SInAEB 2026, qui se tiendra les 28 et 29 octobre au Palais des Congrès de Cotonou, les ambitions affichées par les organisateurs vont au-delà d’un simple salon professionnel. Mise en relation entre PME et investisseurs, accompagnement technique, accès au financement, opportunités commerciales et suivi des projets : le Comité d’organisation entend faire du SInAEB un véritable instrument au service de la transformation et du changement d’échelle des entreprises béninoises.
Dans cette interview accordée au journal l’échiquier politique, le président du Comité d’organisation, Naïl Liadi, revient sur le profil des participants attendus, les mécanismes de sélection des entreprises, les dispositifs de mise en relation avec les investisseurs, mais aussi sur le suivi des opportunités après le Salon et la volonté d’inscrire le SInAEB dans la durée.
Propos recueillis par MOUFTAOU BADAROU
Journal l’échiquier politique : Le SInAEB ambitionne de connecter les entreprises aux investisseurs et aux partenaires financiers. Quels sont les profils des investisseurs, des institutions financières, des chefs d’entreprise et des décideurs attendus à cette édition? Quelles garanties avez-vous quant à leur capacité réelle à accompagner et à financer les projets présentés, au-delà de leur simple présence au Salon ?
Naïl Liadi : Le SInAEB a fait le choix de ne pas être simplement un espace où l’on vient exposer son entreprise ou présenter un projet. Notre ambition est de créer un environnement dans lequel les PME rencontrent les bons interlocuteurs, en fonction de leurs besoins et de leur niveau de maturité.
Nous mobilisons pour cela plusieurs catégories d’acteurs : banques et institutions financières, sociétés de gestion et d’intermédiation, compagnies d’assurance, investisseurs et fonds, grandes entreprises et donneurs d’ordre, partenaires techniques et financiers, institutions publiques ainsi que les Structures d’Appui à l’Entrepreneuriat (SAE).
Mais leur présence ne suffit pas. L’enjeu est surtout la qualité de la mise en relation. C’est pourquoi le SInAEB prévoit des rencontres B2B qualifiées, des sessions de pitch ainsi qu’un dispositif d’Invest Matching, permettant d’orienter les entreprises vers les interlocuteurs les plus pertinents.
Nous ne pouvons évidemment pas garantir à la place d’une banque ou d’un investisseur qu’un financement sera accordé. Une décision de financement dépend de la qualité du projet, du niveau de risque, de la structuration de l’entreprise et des critères propres à chaque financeur.
En revanche, nous pouvons agir sur tout ce qui précède le financement : diagnostiquer, structurer, accompagner, préparer et connecter. C’est précisément le sens du thème de cette édition : « L’accompagnement technique comme levier de mitigation du risque PME ». Notre conviction est que, pour améliorer durablement l’accès des PME au financement, il faut aussi améliorer leur capacité à répondre aux exigences des financeurs.
« Une entreprise peut ne pas être immédiatement finançable tout en étant parfaitement accompagnable »
Dans un contexte où de nombreuses PME béninoises rencontrent des difficultés d’accès au financement, comment les entreprises participantes sont-elles sélectionnées ? Existe-t-il un processus de présélection fondé sur la viabilité économique, la qualité des projets et leur potentiel de croissance ? Comment éviter que le Salon ne profite essentiellement qu’aux entreprises déjà bien établies ?
Il faut d’abord distinguer la participation au SInAEB de l’accès à certains dispositifs ciblés du Salon. Le SInAEB n’est pas réservé aux seules entreprises déjà matures, déjà connues des banques ou immédiatement finançables. Une PME peut avoir un potentiel réel tout en présentant encore des insuffisances en matière de gouvernance, de gestion financière, de structuration ou de préparation à l’investissement.
En revanche, pour certains dispositifs, notamment les sessions de pitch, les rencontres qualifiées ou l’orientation vers des interlocuteurs spécifiques, nous analysons en amont le profil de l’entreprise, la nature de son projet, son besoin et son niveau de maturité afin que la mise en relation soit pertinente.
C’est également la raison d’être des Clinics Techniques du SInAEB. À travers notamment l’Audit Flash Bancabilité, le Diagnostic Gouvernance et le Coaching Pitch Investisseurs, nous voulons permettre aux entrepreneurs d’identifier rapidement leurs forces, leurs insuffisances et les actions prioritaires à engager. Notre approche repose sur une idée importante : une entreprise peut ne pas être immédiatement finançable tout en étant parfaitement accompagnable.
Le rôle du SInAEB est précisément de contribuer à créer cette passerelle : permettre aux PME de comprendre ce que les marchés et les financeurs attendent d’elles, d’identifier les écarts et de les rapprocher progressivement des conditions nécessaires pour accéder durablement aux opportunités commerciales et au financement.
« Nous voulons éviter le modèle du salon où l’on collectionne les cartes de visite»
Les salons économiques sont souvent l’occasion de nouer des contacts, mais les retombées commerciales et financières ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Quels mécanismes avez-vous prévus pour transformer les rencontres entre entrepreneurs et investisseurs en contrats, partenariats ou financements effectifs ?
C’est précisément l’un des enjeux majeurs du SInAEB. Nous voulons éviter le modèle du salon où l’on collectionne les cartes de visite et les contacts sans lendemain. Le dispositif prévoit donc des rencontres B2B qualifiées, des échanges entre PME et grandes entreprises, des rencontres avec les banques, investisseurs et partenaires techniques, ainsi que des sessions de pitch et d’Invest Matching.
L’objectif est de partir du besoin réel de l’entreprise pour rechercher l’interlocuteur susceptible d’y répondre. Et nous voulons volontairement aller au-delà du seul financement. Pour une PME, une opportunité de marché, un contrat de sous-traitance, un référencement auprès d’une grande entreprise, un partenariat stratégique ou l’intégration dans une chaîne d’approvisionnement peuvent être aussi déterminants qu’un crédit.
Il faut néanmoins être réaliste : un financement ou un contrat important ne se décide pas nécessairement en trente minutes pendant un salon. Le SInAEB doit créer le premier contact qualifié, faciliter le dialogue, permettre aux parties de vérifier leur intérêt mutuel et poser les bases de la prochaine étape.
C’est pourquoi nous attachons une importance particulière au suivi post-SInAEB. Une rencontre qui débouche sur une deuxième réunion, une demande de documents, une due diligence, une étude de financement, une négociation commerciale ou une proposition de partenariat constitue déjà une opportunité engagée qu’il faut accompagner jusqu’à son aboutissement.
« Le 29 octobre ne doit pas constituer la fin du SInAEB »
L’un des principaux défis de ce type de manifestation réside dans le suivi des engagements pris une fois les participants repartis. Le Comité d’organisation prévoit-il un dispositif permanent de suivi des entreprises et des investisseurs ? À quelle échéance les premiers résultats pourront-ils être évalués ?
Pour nous, le 29 octobre ne doit pas constituer la fin du SInAEB. Il doit marquer le début d’une nouvelle phase. Nous voulons donc documenter les mises en relation réalisées pendant le Salon, les besoins exprimés, les opportunités identifiées et, surtout, les prochaines étapes convenues entre les parties.
Notre approche est celle d’un pipeline d’opportunités : qui a rencontré qui ? Pour quel besoin? Quelle opportunité a été identifiée ? Quelle action doit suivre ? Et à quelle échéance ? Cela doit nous permettre de distinguer plusieurs niveaux de résultats : les contacts qualifiés établis, les opportunités effectivement engagées et, à terme, les opérations qui aboutissent à un contrat commercial, un partenariat ou un financement.
Les premiers indicateurs pourront être disponibles dans les semaines suivant le Salon. Mais nous devons également respecter le temps économique : l’analyse d’un dossier de financement, une décision d’investissement ou la négociation d’un contrat peuvent nécessiter plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Notre engagement n’est donc pas de promettre artificiellement que toutes les rencontres se transformeront immédiatement en financements. Il est de mettre en place une méthode permettant de suivre, documenter et mesurer ce que deviennent les opportunités créées par le SInAEB.
« La réussite du SInAEB ne se mesurera pas uniquement au nombre de personnes présentes »
Au-delà de la visibilité offerte au tissu entrepreneurial béninois, quels résultats mesurables le SInAEB souhaite-t-il atteindre en matière de mobilisation de capitaux, de création d’emplois, de partenariats et de développement des PME ? Envisagez-vous de publier un bilan chiffré après le Salon ?
Nous voulons mesurer l’impact du SInAEB avec des indicateurs qui traduisent réellement la valeur économique créée. Le nombre de participants ou de stands permet de mesurer la fréquentation d’un événement, mais pas son impact.
Nous voulons notamment suivre le nombre de mises en relation qualifiées, les partenariats commerciaux initiés, les opportunités de sous-traitance et d’approvisionnement local identifiées, les dossiers de financement engagés, les contrats conclus et, lorsque l’information sera disponible, les financements effectivement mobilisés.
Mais il existe une autre dimension tout aussi importante : la transformation de la PME elle-même. Si une entreprise repart du SInAEB en ayant identifié une faiblesse dans sa gouvernance, amélioré la présentation de son projet, compris pourquoi son dossier n’est pas encore finançable, identifié la SAE capable de l’accompagner ou obtenu une feuille de route pour renforcer sa structuration financière, nous avons déjà créé de la valeur.
C’est cette logique qui structure les différents espaces du Salon, de l’EXPO BUSINESS à l’INVEST MATCHING ZONE, en passant par l’ACADEMY FINANCE, les Clinics Techniques et le PARTNERS & IMPACT LOUNGE.
Nous avons vocation à produire un bilan post-SInAEB distinguant clairement la participation, les intentions, les opportunités engagées et les résultats effectivement obtenus. Parce qu’en définitive, la réussite du SInAEB ne se mesurera pas uniquement au nombre de personnes présentes au Palais des Congrès les 28 et 29 octobre. Elle se mesurera surtout à ce qui continuera à se produire après ces deux journées.
« Notre ambition est que le SInAEB devienne un véritable point de convergence »
Si le SInAEB est conçu comme le point de départ d’un véritable écosystème d’accompagnement des entreprises au Bénin, envisagez-vous notamment de développer une plateforme de mise en relation entre entrepreneurs, investisseurs et institutions financières afin de maintenir les échanges tout au long de l’année ?
Le SInAEB est pensé dès le départ comme davantage qu’un rendez-vous annuel. Notre ambition est de contribuer progressivement à créer un espace de convergence entre les PME, les Structures d’Accompagnement à l’Entrepreneuriat, les grandes entreprises, les institutions financières, les investisseurs, les pouvoirs publics et les partenaires techniques et financiers.
Le Salon constitue le temps fort de cette dynamique. Mais les relations qui y auront été créées doivent pouvoir se poursuivre au-delà des 28 et 29 octobre.
Nous souhaitons donc développer progressivement des mécanismes permettant de maintenir les mises en relation et le suivi des opportunités tout au long de l’année, notamment autour de l’accompagnement technique, du financement, de l’investissement, de la sous-traitance, de l’approvisionnement local et des opportunités commerciales.
Nous voulons néanmoins rester pragmatiques. Nous ne souhaitons pas annoncer une plateforme simplement parce que le concept est séduisant. Nous voulons d’abord éprouver le modèle, mesurer les besoins des différentes parties prenantes et construire ensuite les outils les plus pertinents.
À terme, notre ambition est que le SInAEB devienne un véritable point de convergence entre l’accompagnement, le marché et le financement. Car le véritable enjeu n’est pas seulement de mettre davantage de financements à la disposition des PME. Il est aussi de faire en sorte que davantage de PME soient mieux structurées, mieux accompagnées, mieux connectées aux marchés et, par conséquent, mieux préparées à accéder durablement aux financements et à changer d’échelle.
C’est tout le sens de notre signature : « Accompagner, Financer, Scaler »