RDC : la coalition 64 passe à l’offensive

Réunie à Rome du 25 au 27 octobre, la Coalition Article 64 annonce une initiative politique et diplomatique auprès de Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. En plaçant le dialogue national au cœur de sa démarche, elle tente de peser sur une crise où s’entremêlent succession présidentielle, conflit armé et intégrité territoriale.

La Coalition Article 64 (C64) entend changer de dimension. Créée le 19 mai 2026 pour défendre l’ordre constitutionnel en République démocratique du Congo (RDC), elle ne veut plus se limiter à dénoncer les orientations du pouvoir. À l’issue de son conclave de Rome, elle annonce vouloir rencontrer le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, avec l’ambition de contribuer à une issue politique à la crise congolaise. Une initiative qui place désormais cette coalition sur le terrain des négociations.

La Constitution au cœur de la confrontation

La première ligne de fracture concerne l’avenir des institutions. Après l’adoption, le 23 octobre, par l’Assemblée nationale, du texte fixant les conditions d’organisation du référendum, la C64 met en garde contre toute tentative de contourner les dispositions constitutionnelles relatives aux mandats présidentiels. Elle invoque notamment l’article 220 et rejette tout changement de Constitution susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat ou à un report des élections prévues en 2028.

La coalition dénonce ce qu’elle qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Son argumentation repose sur un principe : aucune majorité parlementaire ne peut s’affranchir de la loi fondamentale. Mais la C64 étend aussi cette exigence aux acteurs armés, condamnant le recours à la force pour conquérir le pouvoir. Elle cherche ainsi à inscrire son opposition dans une défense globale de la légalité républicaine.

Kabila, l’interlocuteur qui interroge

L’annonce de rencontres avec Félix Tshisekedi et Joseph Kabila constitue le fait politique majeur du conclave. En sollicitant le président en exercice comme son prédécesseur, la C64 veut réunir autour d’une même démarche deux figures centrales de la vie politique congolaise, aux trajectoires et aux intérêts distincts. Cette initiative soulève toutefois une question : comment concilier la recherche d’un compromis avec l’exigence d’appliquer les mêmes principes constitutionnels à tous les protagonistes ?

La déclaration de Rome condamne explicitement la conquête du pouvoir par les armes, mais ne désigne nommément ni Joseph Kabila ni le Front pour la refondation de la nation (FRN). Cette absence est notable. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à une volonté de ménager l’ancien président ou à l’existence d’un accord politique entre les intéressés.

En annonçant vouloir le rencontrer, la coalition privilégie, en tout état de cause, une démarche de concertation plutôt qu’une exclusion préalable. Reste à savoir si cette ouverture pourra déboucher sur un dialogue accepté par les différents acteurs.

La paix ne se décrète pas

Sur le front sécuritaire, la C64 estime qu’aucune solution exclusivement militaire ne permettra de sortir durablement la RDC de la crise. Elle réclame un dialogue national inclusif, destiné à favoriser la cessation des hostilités, la réunification du territoire et le renforcement de la cohésion nationale.

La coalition veut également concilier les négociations de Doha avec un processus politique plus large. Elle demande des résultats vérifiables sur le cessez-le-feu, la protection des civils et l’accès humanitaire, ainsi que l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment concernant le retrait des troupes étrangères.

Elle appelle parallèlement à relancer la facilitation africaine conduite par l’Angola et le Togo, autour de la médiation de l’ECC-CENCO. L’enjeu est de coordonner les initiatives existantes plutôt que de multiplier les démarches sans mécanisme commun de suivi.

Des intentions aux actes

La coalition élargit enfin ses revendications aux libertés publiques. Elle demande la fin des arrestations qu’elle qualifie d’arbitraires, la libération de plusieurs opposants, le retour des exilés et des enquêtes indépendantes sur les violences dénoncées lors des manifestations des 12 juin et 15 septembre 2026, ainsi que sur la mort de Manassé Lomboto.

Mais l’offensive annoncée à Rome reste à concrétiser. La déclaration ne précise ni le calendrier des rencontres avec Tshisekedi et Kabila ni les modalités du dialogue envisagé. Elle ne fait état d’aucun accord préalable des deux hommes pour recevoir la délégation.

La C64 a néanmoins défini ses priorités : respect de la Constitution, préservation de l’intégrité territoriale, restauration des libertés et règlement négocié de la crise. Son ambition est de transformer ces exigences en un processus politique crédible, assorti de garanties et de mécanismes de vérification.

Le défi est désormais de convaincre les protagonistes qu’un compromis est possible sans sacrifier les principes constitutionnels. À Rome, la coalition a annoncé son intention de passer de la contestation à l’initiative. La portée réelle de cette offensive dépendra de sa capacité à faire asseoir les acteurs concernés à la même table et à obtenir des engagements concrets en faveur de la paix et du respect des échéances de 2028.

MAURICETTE AQUEREBURU

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