PDCI-RDA : la leçon de démocratie de Yasmina Ouegnin

À l’occasion du 80ᵉ anniversaire du PDCI-RDA, la parole de Yasmina Ouegnin tranche avec les discours convenus de célébration. Là où certains appellent à la glorification, la députée choisit l’introspection. Sa lettre, adressée aux militants, se lit moins comme un hommage que comme un diagnostic sévère — et une tentative de réarmement moral d’un parti en quête de centralité.

Le propos s’inscrit d’abord dans une temporalité longue. En rappelant que le PDCI-RDA a traversé colonisation, indépendance, parti unique et multipartisme, Ouegnin mobilise un récit fondateur puissant. Mais ce détour historique n’a rien de nostalgique : il sert de point de comparaison pour souligner le déclassement progressif du parti. L’évocation du coup d’État de 1999 marque ici une rupture décisive, point de départ d’une marginalisation politique dont le PDCI ne se serait jamais véritablement relevé.

Ce constat, largement partagé dans l’opinion ivoirienne, prend sous sa plume une dimension plus accusatrice. L’élue ne se contente pas d’évoquer les crises internes : elle en identifie les symptômes contemporains — personnalisation excessive des ambitions, éloignement des bases militantes, primat de la visibilité sur le service public. En creux, c’est toute une culture politique qui est remise en cause, celle d’un appareil davantage tourné vers la conquête de positions que vers la production d’un projet collectif crédible.

La force de cette lettre réside précisément dans ce déplacement du débat. Là où d’autres invoquent les alliances ou les stratégies électorales, Ouegnin ramène la question politique à une exigence éthique. Elle convoque des notions rarement centrales dans les discours partisans contemporains : le « don de soi », la « responsabilité », la « patience ». Cette rhétorique de la vertu, presque ascétique, vise à reconstruire un socle militant fragilisé par des années d’opposition et de divisions internes.

Mais cette posture n’est pas sans implications politiques concrètes. En appelant à une «autorité claire, lisible, apaisante et fédératrice », la députée pose indirectement la question du leadership au sein du PDCI-RDA. Derrière l’exigence de clarté se profile une critique implicite des luttes de succession et des ambiguïtés stratégiques qui ont miné le parti ces dernières années. L’enjeu n’est plus seulement organisationnel : il devient existentiel.

Plus largement, la lettre s’inscrit dans un contexte de transformation du rapport entre citoyens et partis politiques en Côte d’Ivoire. Ouegnin le souligne explicitement : la défiance à l’égard des formations traditionnelles impose une adaptation profonde. Transparence, redevabilité, renouvellement des pratiques — autant de défis qui dépassent le seul cadre du PDCI-RDA et interrogent l’ensemble du système partisan ivoirien.

En définitive, le texte de Yasmina Ouegnin dépasse la simple critique interne. Il propose une véritable « leçon politique » au sens classique du terme : une invitation à repenser l’engagement, à redéfinir les finalités de l’action partisane et à renouer avec une certaine idée du service public. Reste à savoir si cet appel au sursaut trouvera un écho au-delà des mots.

Car toute la question est là : le PDCI-RDA, fort de son histoire, est-il encore capable de se réinventer autrement que dans le registre de la mémoire ? En posant cette interrogation sans détour, Yasmina Ouegnin ne célèbre pas seulement un anniversaire. Elle met son parti face à sa propre responsabilité historique.

AUDREY BROU

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