Les récents communiqués de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) sur le traitement de l’information m’amènent à une réflexion urgente : il ne faut pas conditionner le journaliste béninois à répéter servilement les récits officiels des autorités.
Rappelons une évidence : « le droit à l’information, à la libre expression, à la libre critique et à la diversité des opinions est une liberté fondamentale de tout être humain. » De ce principe découle une exigence première : la responsabilité du journaliste vis-à-vis du public. C’est à lui qu’il rend des comptes, bien avant son employeur ou les pouvoirs publics. Car au cœur de son métier se trouve une obligation non négociable : l’obligation de vérité. Le journaliste n’est pas un relais de propagande. Il doit refuser toute pression, écarter toute tentative de manipulation et n’accepter de directives rédactionnelles que de ses responsables de rédaction, dans un cadre déontologique clair.
Cela implique une hiérarchie des responsabilités : même si des consignes éditoriales lui sont imposées, le journaliste doit toujours garder en tête que sa mission première est d’informer loyalement ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Autrement dit, si une directive va à l’encontre de sa responsabilité vis-à-vis du public, il devrait avoir le courage de la refuser. C’est l’essence même de son indépendance.
La réalité, toutefois, est bien plus complexe. Dans un environnement médiatique précaire, rares sont les journalistes capables de s’affranchir des lignes imposées par leurs employeurs. Celui qui choisit la voie de l’indépendance s’expose : il risque le licenciement, le chômage prolongé, la marginalisation. Face à ce dilemme, beaucoup privilégient la sécurité matérielle au détriment de leurs convictions. Ils finissent par se plier à la ligne éditoriale qui les rémunère, quitte à trahir les règles déontologiques de leur profession.
Faut-il pour autant conclure que nos journalistes sont de simples automates au service du pouvoir ? Ce serait injuste. La vérité est plus nuancée. Beaucoup se débattent au quotidien dans un jeu d’équilibriste, cherchant à concilier la quête de vérité, l’objectivité et les contraintes économiques. Leur métier ne se résume pas à une soumission aveugle : il s’agit souvent d’un combat permanent pour préserver une marge de liberté, parfois infime mais essentielle.
L’histoire de la presse béninoise nous rappelle d’ailleurs qu’il est possible de conjuguer rigueur professionnelle et indépendance. Des figures comme Jérôme Carlos ont montré, par leur exigence éthique, qu’un journaliste pouvait bâtir une carrière sur l’intégrité. D’autres, moins connus mais tout aussi courageux, se sont battus – et se battent encore – dans des conditions difficiles pour offrir au public une information fiable et crédible. Ce sont ces exemples qui doivent inspirer la nouvelle génération.
Il est donc urgent de réaffirmer que la rigueur, l’honnêteté intellectuelle et l’intégrité ne sont pas des options dans ce métier, mais bien son socle. Sans elles, le journalisme se réduit à une simple caisse de résonance du pouvoir ou des intérêts privés. Avec elles, il demeure ce qu’il doit être : un pilier de la démocratie et un rempart contre l’arbitraire.
La responsabilité du journaliste africain, aujourd’hui plus que jamais, est de se rappeler qu’au-delà des contraintes économiques et des pressions politiques, il est avant tout redevable au public. C’est à cette exigence qu’il doit mesurer ses choix, et c’est par elle qu’il peut espérer redonner au journalisme toute sa noblesse.
MOUFTAOU BADAROU