Du Bénin à la France en passant par le Gabon et les États-Unis, Mouftaou Badarou s’est forgé une trajectoire originale où se mêlent rigueur, passion et créativité. Tour à tour journaliste, romancier, éditeur et consultant dans l’enseignement, cet infatigable artisan des mots incarne une vie vouée à la plume et à l’excellence intellectuelle.
Né au Cameroun, Mouftaou Badarou a à peine un an lorsque ses parents rentrent définitivement à Porto-Novo au Bénin. Son père, Bachirou Badarou, établi au quartier New Bell à Douala, était l’un des maitres-brodeurs du président camerounais d’alors, Amadou Ahidjo. Le Bénin, le quartier latin de l’Afrique : le jeune Mouftaou y ressentira de la fierté pour le nom qu’il porte : son arrière-grand père, Badarou Atègba, était conseiller à la cour du roi Toffa 1er de Porto-Novo.
Élève studieux à la maternelle et au primaire, Mouftaou Badarou entre, en 1980, au collège Davié où il effectue un brillant parcours de la 6e à la 3e. L‘environnement familial est propice à la lecture. Une médiathèque est ouverte à deux pas du domicile familial par des missionnaires protestants américains, les époux Couts. De tous les jeunes enfants du quartier, Mouftaou Badarou était probablement le plus assidu de cette médiathèque.
L’année 1983 marque cependant un tournant douloureux : la mort de sa mère. Malgré cette épreuve, le jeune adolescent ne fléchit pas. Sa carrière littéraire se profile en classe de première. En 1985 au lycée Béhanzin, Il écrit, ou plutôt fabrique à la main (écriture et dessin de couverture) un seul exemplaire de son récit « La fièvre porto-novienne », une satire sociale qui rencontre l’enthousiasme de ses proches et collègues de lycée. Le jeune Mouftaou est persuadé de pouvoir se tracer un sillon littéraire.
En 1986, une première tentative au baccalauréat se solde par un échec au lycée Toffa 1er. C’est une étape, pas un arrêt. L’année suivante, il décroche le précieux diplôme avec mention. Dans la foulée, il réussit avec brio le concours d’entrée à l’École nationale d’administration (ENA), se hissant à la deuxième place parmi une centaine de candidats admis. À sa sortie en 1991, son mémoire, salué pour sa rigueur et sa pertinence, obtient la note de 17 sur 20 accompagnée des félicitations du jury.
L’appel de l’ailleurs se faisant sentir, Mouftaou Badarou s’envole pour le Gabon en 1993. À Libreville, il rejoint la prestigieuse radio Africa N°1, où il devient cadre chargé de la programmation. Cette expérience radiophonique façonne son sens du rythme, de la communication et de la créativité. Mais cet infatigable chercheur de savoir vise encore plus haut : en 2000, il s’envole pour New York afin d’y suivre une année d’études linguistiques. Puis il décide de s’installer à Paris en décembre 2001, déterminé à se consacrer à la presse écrite.
Dans la capitale française, il collabore avec plusieurs magazines africains avant de lancer sa propre publication le 13 mai 2007 : MANAGERS Afrique. Véritable tribune pour les élites économiques du continent, ce magazine devenu web média en 2018, lui permet d’asseoir sa crédibilité dans le monde médiatique africain. Le 13 mai 2017, Mouftaou Badarou franchit une nouvelle étape en lançant les Éditions LICHT à Ris-Orangis, avant de donner naissance le 13 mai 2024 à un média en ligne ambitieux, « journal l’échiquier politique ». Le 13 mai 2026, il fonde « INFLUENTES », un autre média non moins ambitieux Ce dernier média se veut le magazine du leadership féminin en Afrique et dans la diaspora. À travers des portraits, des interviews et des reportages exclusifs, il révèle des femmes d’exception qui inspirent par leur parcours, leur vision et leur impact sur la société. Sa ligne éditoriale est de célébrer l’audace, le talent et l’engagement au service d’un continent en mouvement.
Cet itinéraire riche serait incomplet sans évoquer les nombreuses distinctions qui jalonnent le parcours de ce “forçat de l’écriture”. En avril 1990, il fait partie des douze lauréats du concours de nouvelles Afrique, 30 ans d’indépendance, organisé par la radio Africa N°1. Cette reconnaissance lui assuré d’être invité aux Francophonies de Limoges. Deux ans plus tard, il s’impose, cette fois-ci dans le sport cérébral en devenant champion du Bénin de scrabble et champion des jeux de lettres à la télévision nationale, avec notamment une victoire éclatante remportée sur le score de 52 à 0 au tour final.
Sa passion pour les lettres le mène encore plus loin. En 1996, le jury du Concours littéraire Tchicaya U’Tamsi, organisé par un organisme gabonais, avec l’appui de l’ACCT et de l’Union européenne, le désigne meilleur poète africain et troisième meilleur nouvelliste. D’autres reconnaissances suivront : prix de culture générale de la ville de Rosny-sous-Bois en 2004, puis double distinction en 2010, lors du concours de culture générale de la compagnie Afriqiyah et du magazine Continental.
Mais Mouftaou Badarou ne s’arrête pas à la littérature et au journalisme. Animé d’une volonté de transmettre, il se consacre parallèlement à l’enseignement en France, en fondant en mars 2020 PEDAGOGIKA, une entreprise de formation.
Auteur prolifique, il signe une douzaine d’ouvrages mêlant nouvelles, poésie et fiction d’espionnage. Son personnage récurrent, Jimmy Boris, agent de la DGSE, a déjà traversé les intrigues de six romans : Panique à Cotonou, La vengeance d’Aïcha Kadhafi, Coup d’État au Gabon, Une taupe à l’Élysée, La vengeance de Poutine et tout récemment La conspiration des Anges. À travers cette série, Badarou s’impose comme l’un des rares écrivains africains à investir le champ du roman d’espionnage, mêlant géopolitique, drame et suspense avec une plume à la fois vive et percutante.
Fidèle à sa devise — “écrire, toujours écrire” — Mouftaou Badarou incarne la ténacité d’un créateur qui refuse la facilité. Sa vie, faite d’obstacles surmontés et de passions profondes, témoigne d’un engagement sans faille envers la littérature, le savoir et l’Afrique. Dans le sillage de cet écrivain infatigable, les mots ne sont jamais de simples outils : ils sont des passerelles entre les continents, entre la mémoire et l’avenir.
MAURICETTE AQUEREBURU
——————————————————————————————-La conspiration des anges, éd. Licht, septembre 2026, 170 p., 16 €
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