Jamais l’Afrique n’a abordé une Coupe du monde avec une telle représentation. Grâce au passage du tournoi à 48 équipes, dix sélections africaines sont présentes en Amérique du Nord : le Maroc, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, l’Algérie, le Ghana, la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et la RD Congo. Une présence record qui nourrit un espoir longtemps caressé par le continent : voir enfin une nation africaine atteindre la finale mondiale. Même si l’Afrique du Sud a déjà concédé une défaite en match d’ouverture face au Mexique.
Depuis la création de la Coupe du monde, l’Afrique a régulièrement progressé. Du Cameroun de 1990 au Sénégal de 2002, du Ghana de 2010 au Maroc de 2022, les barrières psychologiques sont tombées les unes après les autres. La demi-finale historique des Lions de l’Atlas au Qatar en 2022 a changé le regard porté sur le football africain. Désormais, l’objectif n’est plus seulement de participer ou même d’atteindre les huitièmes de finale : il s’agit de rivaliser avec les grandes puissances du football mondial.
Le Maroc apparaît naturellement comme le principal porte-étendard du continent. Portée par une génération exceptionnelle mêlant expérience européenne et forte identité nationale, la sélection chérifienne conserve une ossature de très haut niveau. Surtout, son parcours de 2022 a démontré qu’une équipe africaine pouvait battre successivement plusieurs nations européennes de premier plan sur une même compétition. Beaucoup d’observateurs voient encore les Lions de l’Atlas comme les mieux armés pour atteindre les quarts de finale, voire davantage.
Le Sénégal constitue l’autre grande chance africaine. Les Lions de la Teranga disposent d’une culture de la gagne forgée lors de leurs succès récents en Coupe d’Afrique des Nations. Même si plusieurs cadres approchent de la fin de leur carrière internationale, l’équipe conserve une solide base défensive et une expérience précieuse des grands rendez-vous. Sa capacité à sortir d’un groupe relevé sera déterminante.
Championne d’Afrique en titre, la Côte d’Ivoire nourrit également de grandes ambitions. Les Éléphants ont retrouvé une confiance et une cohésion qui leur faisaient défaut depuis plusieurs années. Leur principal défi sera de transformer leur puissance athlétique et leur talent offensif en régularité face aux meilleures sélections mondiales.
L’Égypte représente quant à elle une énigme fascinante. Emmenés par Mohamed Salah, les Pharaons possèdent l’une des plus grandes stars du tournoi. Mais leur destin dépendra de leur capacité à ne pas reposer exclusivement sur leur capitaine. Les récentes déclarations du sélectionneur Hossam Hassan montrent une équipe consciente de la difficulté de la tâche mais déterminée à jouer sa chance.
Derrière ce quatuor, l’Algérie, le Ghana et la RD Congo peuvent nourrir de légitimes ambitions de qualification pour les huitièmes de finale. Les Fennecs disposent d’une génération expérimentée, tandis que les Black Stars cherchent à renouer avec leur glorieux passé mondialiste. Quant aux Congolais, leur retour sur la scène mondiale constitue déjà l’une des belles histoires de cette édition.
Le Cap-Vert, l’Afrique du Sud et la Tunisie apparaissent davantage comme des outsiders. Leur objectif premier sera de franchir le premier tour. Mais l’histoire de la Coupe du monde rappelle régulièrement qu’une organisation rigoureuse et une forte discipline tactique peuvent compenser un déficit de prestige.
La véritable question n’est peut-être plus de savoir si une équipe africaine atteindra les quarts de finale. Elle est de savoir combien d’équipes africaines seront capables de franchir le premier tour. Si quatre ou cinq sélections parviennent à accéder aux matches à élimination directe, le continent disposera alors d’une masse critique inédite susceptible de bouleverser la hiérarchie mondiale.
Le Mondial 2026 pourrait ainsi marquer l’entrée du football africain dans une nouvelle ère. Une ère où l’exploit ne serait plus l’exception, mais la confirmation d’une montée en puissance amorcée depuis plusieurs décennies. Pour la première fois peut-être, rêver d’un finaliste africain ne relève plus de l’utopie. Cela ressemble à un objectif ambitieux, mais crédible.
ABDOURHAMANE CISSÉ