L’annonce de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a surpris et suscité de nombreuses interrogations sur la scène politique africaine. Rendue publique depuis le siège de l’ONU à New York, cette initiative se distingue par un fait inhabituel : elle n’a pas été portée par son pays d’origine, le Sénégal, mais par le Burundi, dont le président assure actuellement la présidence tournante de l’Union africaine. Cette configuration, bien que diplomatiquement possible, révèle des tensions politiques et symboliques qui expliquent pourquoi la candidature de Macky Sall dérange.
D’abord, le contexte politique sénégalais pèse lourdement sur cette démarche. Depuis l’élection en 2024 du président Bassirou Diomaye Faye et la formation d’un gouvernement dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko, la rupture avec l’ancien régime est manifeste. Les nouvelles autorités ont construit une partie de leur légitimité sur la critique de la gouvernance de Macky Sall, accusé d’avoir laissé une situation économique dégradée et d’avoir alimenté de graves tensions politiques au cours des dernières années de son pouvoir. Dans ce contexte, soutenir la candidature internationale de l’ancien chef de l’État aurait été politiquement incohérent pour le nouveau pouvoir sénégalais. L’absence d’appui officiel de Dakar apparaît donc comme un prolongement logique de cette transition politique marquée par la volonté de rupture.
Au-delà des rivalités internes, l’image politique de Macky Sall reste discutée sur le continent. Si ses partisans mettent en avant son expérience internationale et son rôle à la tête de l’Union africaine en 2022, ses détracteurs rappellent les épisodes de crise qui ont marqué la fin de son mandat : manifestations violemment réprimées, arrestations d’opposants et controverse autour de l’éventualité d’un troisième mandat. Ces éléments nourrissent un débat plus large sur la crédibilité démocratique des dirigeants africains candidats à des fonctions internationales de premier plan. Dans les cercles diplomatiques comme dans la société civile, certains estiment que ces controverses pourraient fragiliser une éventuelle campagne.
La décision du Burundi de porter la candidature de Macky Sall s’inscrit néanmoins dans une logique panafricaine. Dans les procédures de désignation du secrétaire général de l’ONU, un candidat doit être présenté par un État membre, mais il n’est pas obligatoire qu’il s’agisse de son propre pays. En soutenant l’ancien président sénégalais, Bujumbura entend promouvoir une figure politique africaine expérimentée susceptible de représenter les intérêts du continent dans la gouvernance mondiale. Cette démarche illustre également la volonté, régulièrement exprimée au sein de l’Union africaine, de renforcer la présence de dirigeants africains aux postes clés des institutions internationales.
Cependant, la compétition pour succéder à l’actuel secrétaire général, António Guterres, s’annonce particulièrement complexe. Plusieurs dynamiques diplomatiques traversent déjà les discussions. Certains États plaident pour qu’une femme dirige pour la première fois l’Organisation des Nations unies, tandis que d’autres défendent une rotation géographique qui favoriserait un candidat issu d’Amérique latine. Dans ce jeu d’équilibres géopolitiques, la candidature de Macky Sall devra convaincre bien au-delà du continent africain, notamment les membres permanents du Conseil de sécurité, dont l’appui est déterminant dans la sélection finale.
Ainsi, plus qu’une simple ambition personnelle, la candidature de Macky Sall révèle les tensions entre politique nationale, solidarité continentale et rivalités diplomatiques à l’échelle mondiale. L’absence de soutien officiel du Sénégal souligne combien les dynamiques internes peuvent peser sur les trajectoires internationales des anciens dirigeants. Quant à l’initiative burundaise, elle traduit l’espoir, pour certains États africains, de voir l’un des leurs accéder à la tête de l’ONU. Reste à savoir si cette ambition pourra surmonter les divisions et les équilibres complexes qui façonnent la gouvernance mondiale.
MAGUY ALIOUNE THIAM