Le maire de Cotonou face au test de la cohésion municipale

Le départ annoncé de deux hauts responsables techniques, quelques mois seulement après l’installation du maire Luc Gnacadja, soulève des interrogations sur le fonctionnement de l’administration municipale. Derrière les motifs personnels avancés, se dessine la question cruciale de la gouvernance et de la capacité du maire à fédérer ses équipes.
Que se passe-t-il à la mairie de Cotonou ? La question mérite d’être posée, tant la succession de deux démissions au sein de l’administration municipale, en l’espace de quelques jours, interpelle. Le 30 septembre 2026, Anges Paterne Amoussouga, secrétaire exécutif de la mairie, a annoncé son départ, invoquant des raisons de convenance personnelle ainsi que la nécessité de préserver sa santé et son équilibre mental. Le 8 octobre, Manet Gazard, responsable des marchés publics, a, à son tour, déposé sa démission, avec une prise d’effet prévue le 2 novembre. Deux départs qui interviennent dans un contexte particulier : celui des premiers mois de l’administration conduite par Luc Gnacadja.
Pris isolément, ces événements pourraient relever de circonstances individuelles. Après tout, un responsable administratif demeure libre de quitter ses fonctions, et les raisons personnelles avancées ne sauraient être écartées sans éléments permettant de les contester. Mais lorsque deux cadres occupant des postes stratégiques décident de partir à quelques jours d’intervalle, la coïncidence appelle des explications. Non pour alimenter les spéculations, mais pour comprendre ce que ces départs révèlent éventuellement du fonctionnement de l’institution.
Le poids des fonctions stratégiques
Le premier départ n’est pas anodin. Le secrétaire exécutif occupe une position centrale dans l’organisation administrative de la mairie. Il assure notamment la coordination des services et la mise en œuvre administrative des décisions de l’exécutif communal, dans le cadre des compétences qui lui sont dévolues. Sa fonction exige une relation de travail suffisamment solide avec le maire, mais également une capacité à mobiliser les équipes autour des objectifs assignés à l’administration.
Le départ d’Anges Paterne Amoussouga intervient donc à un moment où la continuité de l’action municipale constitue un enjeu majeur. Selon les informations rapportées, il doit continuer à liquider les affaires courantes jusqu’à la passation de charges annoncée pour le 30 octobre. Cette période transitoire devra permettre d’éviter que son retrait ne désorganise les services et ne ralentisse les dossiers en cours.
La démission annoncée de Manet Gazard ajoute une autre dimension à l’affaire. La responsabilité des marchés publics touche à un domaine particulièrement sensible de la gestion municipale : celui de la commande publique, de la transparence des procédures et de l’utilisation des ressources collectives. Le départ de la personne chargée de cette mission soulève nécessairement des questions sur la continuité du traitement des dossiers, sans que cela permette, en soi, de présumer la moindre irrégularité.
Un problème de personnes ou de méthode ?
Dans son intervention à l’ouverture de la quatrième session extraordinaire du conseil communal, le mardi 13 octobre, le maire Luc Gnacadja a annoncé la démission de Manet Gazard, départ qui serait lié à la nouvelle dynamique impulsée au sein de l’administration municipale.
Si cette explication se confirme, une question se pose : comment concilier la volonté de réorganiser les services avec la nécessité de préserver la stabilité des équipes ? Une nouvelle autorité municipale peut légitimement vouloir imprimer sa marque, revoir les méthodes de travail, renforcer les exigences de performance ou redéfinir les priorités. La modernisation de l’action publique suppose parfois des changements profonds. Mais elle exige également une conduite du changement suffisamment maîtrisée pour éviter que les divergences de méthode ne se transforment en ruptures administratives.
Le problème ne serait donc pas nécessairement l’existence de désaccords, inhérents à toute organisation. Il résiderait plutôt dans la capacité des responsables à les gérer, à instaurer un dialogue professionnel et à maintenir un minimum de cohésion autour des missions de service public.
La prudence reste toutefois de mise. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir avec certitude les causes précises de ces démissions, ni d’affirmer qu’elles résultent d’un conflit personnel avec le maire. Il serait donc prématuré de conclure à une crise ouverte au sommet de la mairie. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer ces départs comme de simples péripéties sans conséquence.
Cotonou ne peut se permettre une administration fragilisée
Pour les habitants, les querelles éventuelles entre responsables ne constituent pas l’essentiel. Ce qui importe, c’est la capacité de la mairie à assurer ses missions : gestion des infrastructures, assainissement, entretien des espaces publics, organisation des services et amélioration du cadre de vie. La qualité de l’administration se mesure moins aux intentions affichées qu’à la régularité et à l’efficacité de l’action publique.
Or, toute transition mal préparée au sein des services stratégiques peut entraîner des retards, des pertes de repères et des difficultés de coordination. La succession des responsables ne doit donc pas devenir un facteur d’incertitude pour les agents, les prestataires ou les citoyens.
Il appartient à l’exécutif communal de rassurer sur la continuité des opérations, de clarifier les modalités de remplacement des responsables concernés et de démontrer que les changements engagés répondent à une vision cohérente de la gouvernance municipale. Une communication institutionnelle sobre, précise et factuelle serait également utile pour dissiper les interrogations, sans exposer inutilement les personnes concernées.
L’épreuve de la gouvernance
Au fond, cette séquence constitue un premier test pour Luc Gnacadja. La volonté de réformer ne suffit pas ; encore faut-il savoir construire les conditions humaines et organisationnelles de la réforme. Un maire peut fixer un cap, exiger des résultats et renouveler ses méthodes. Mais la réussite de son action dépend aussi de sa capacité à s’appuyer sur une administration compétente, stable et suffisamment mobilisée.
Deux démissions ne font pas nécessairement une crise. Elles peuvent traduire des choix personnels, des incompatibilités professionnelles ou les conséquences d’une réorganisation. Mais deux départs rapprochés à des postes clés constituent un signal qui mérite d’être examiné avec sérieux.
MAURICETTE AQUEREBURU

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