Cotonou a vécu une journée d’extrême tension, dimanche 7 décembre, après la tentative de coup d’État menée par un groupe de militaires se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation ». Les mutins ont brièvement occupé la télévision publique, annoncé la dissolution des institutions et proclamé la suspension de la Constitution. Leur insurrection a toutefois été rapidement contenue, grâce à une riposte coordonnée entre les forces loyalistes et plusieurs pays membres de la CEDEAO.
Dans un message télévisé, le président Patrice Talon a dénoncé « une opération aventureuse et vouée à l’échec », saluant « le sens du devoir de l’immense majorité des forces armées ». Selon lui, « les putschistes ont voulu entraîner le pays dans le chaos, mais la République a tenu bon ». Plusieurs mutins ont été arrêtés, d’autres seraient en fuite.
Face à la progression initiale des mutins sur certains sites stratégiques, le gouvernement béninois a activé les mécanismes de sécurité régionale. Abuja a confirmé avoir répondu à deux demandes officielles de Cotonou : des frappes aériennes ciblées sur des positions tenues par les insurgés, puis l’envoi d’unités spéciales pour sécuriser les infrastructures sensibles de la capitale économique.
Le chef d’état-major nigérian, le général Musa Danjuma, a justifié cette intervention : « Le Bénin est un État membre de la CEDEAO. Lorsqu’un gouvernement légitime demande de l’aide pour rétablir l’ordre constitutionnel, nous avons le devoir d’agir. Nos opérations ont été menées avec précision, en coordination étroite avec les forces béninoises. »
La CEDEAO a annoncé le déploiement accéléré d’un contingent régional composé de troupes du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone. « Nous ne tolérerons plus les ruptures de l’ordre démocratique dans notre espace communautaire », a déclaré son président en exercice. « Le Bénin a demandé notre assistance, nous la lui apportons sans ambiguïté. »
De son côté, l’Union africaine a également condamné la tentative de coup d’État, rappelant la «nécessité absolue de préserver la stabilité d’un pays dont les institutions sont fonctionnel- les».
À Cotonou, les habitants commencent à reprendre leurs activités, même si les rues portaient encore les stigmates des affrontements de la veille. Devant la télévision nationale, un commerçant résume l’état d’esprit ambiant : « On a eu peur, mais on veut juste que le pays reste tranquille. »
Si le calme est revenu, de nombreuses questions demeurent quant à la tentative de putsch et aux motivations de ses auteurs, alors que le Bénin se prépare à une élection présidentielle cruciale en 2026. Le gouvernement, lui, assure que « toute la lumière sera faite » et que les responsables « répondront de leurs actes devant la loi ».
NALLA BACHIROU