Bénin : la stratégie de soft power du président

Il  y a, dans la rencontre entre Romuald Wadagni et Claudy Siar, quelque chose qui dépasse largement le simple rendez-vous institutionnel. Le lundi 14 septembre, au Palais de la Marina, le président béninois a reçu celui qu’il a chargé, quelques mois plus tôt, d’une mission particulièrement stratégique : travailler à la culture, aux médias et à la visibilité internationale du Bénin. Au menu de cette audience : les grandes orientations de « Bénin Influence », dispositif appelé à devenir l’un des instruments du rayonnement du pays.

La scène est symbolique. D’un côté, un président qui entend inscrire le Bénin dans une nouvelle stratégie d’influence. De l’autre, une figure médiatique qui, pendant plusieurs décennies, a contribué à faire connaître les cultures africaines et caribéennes à un public international. Entre les deux, une ambition commune : faire de l’image du Bénin un véritable outil de puissance.

Car Claudy Siar n’arrive pas dans cet univers avec un simple carnet d’adresses. Animateur historique de « Couleurs tropicales » sur RFI, fondateur de Tropiques FM et personnalité engagée dans la défense des cultures afro-caribéennes, il dispose d’un capital médiatique construit sur plusieurs décennies. Sa nomination, le 3 juin 2026, avait d’ailleurs immédiatement été interprétée comme un choix destiné à renforcer la présence du Bénin dans les réseaux culturels et médiatiques internationaux.

Mais son histoire béninoise donne à cette mission une dimension supplémentaire. Le 22 mai 2026, à Ouidah, Claudy Siar avait officiellement reçu son certificat de nationalité et son passeport béninois. Reconnu comme membre de la lignée Zossoungbo, il avait également reçu le prénom traditionnel Kodjovi. Quelques jours plus tard, sa nomination auprès du président Wadagni transformait cette reconnexion personnelle avec la terre de ses ancêtres en responsabilité institutionnelle.

Ce parcours est révélateur d’une évolution plus profonde de la diplomatie béninoise. Pendant longtemps, l’influence d’un État s’est mesurée essentiellement à ses moyens économiques, militaires ou diplomatiques. Désormais, la culture, les industries créatives, les récits nationaux, les personnalités médiatiques et les communautés diasporiques constituent eux aussi des instruments de puissance.

Le Bénin semble avoir compris cette mutation. Depuis quelques années, Cotonou multiplie les initiatives destinées à transformer son patrimoine en levier d’attractivité. Ouidah, la mémoire de la traite négrière, les arts, le Vodun, les industries culturelles et créatives, mais aussi les grands événements internationaux participent de cette stratégie. «Bénin Influence » s’inscrit dans cette continuité, avec l’objectif affiché de renforcer l’image du pays et sa présence culturelle sur les scènes africaine et internationale.

La mission confiée à Claudy Siar comporte toutefois un défi considérable : passer du récit à l’impact. Une bonne image ne se décrète pas. Elle se construit par des contenus, des événements, des relais médiatiques, des artistes, des entrepreneurs, des intellectuels et surtout par une capacité à raconter le pays autrement.

La mission confiée à Claudy Siar prend ainsi tout son sens. Son expérience lui permet de comprendre les codes des médias internationaux et les attentes d’un public afro-descendant qui entretient avec l’Afrique un rapport à la fois affectif, historique et culturel. Le Bénin dispose, de ce point de vue, d’un atout singulier : il peut raconter son histoire à partir de son territoire tout en s’adressant à une communauté qui dépasse largement ses frontières.

Mais le véritable enjeu de « Bénin Influence » sera de ne pas réduire le soft power à une opération de communication. Pour qu’une stratégie d’influence fonctionne durablement, elle doit être accompagnée de réalisations concrètes. Le récit doit pouvoir s’appuyer sur des infrastructures culturelles, des artistes soutenus, des créateurs exportés, des événements internationaux, une politique touristique cohérente et une présence numérique et médiatique maîtrisée.

L’audience du 14 septembre constitue donc moins une conclusion qu’un commencement. Claudy Siar a présenté au chef de l’État les grandes lignes de son action, mais le contenu détaillé de la feuille de route n’a pas encore été rendu public. La prochaine étape sera celle de la traduction opérationnelle : quels projets, quels partenaires, quels territoires, quels moyens, quels médias d’appui et quels résultats ?

Au-delà de la personne de Claudy Siar, c’est donc une nouvelle conception de la présence internationale du Bénin qui se dessine. Un pays ne cherche plus seulement à être connu pour ce qu’il possède. Il cherche à être reconnu pour ce qu’il raconte, pour ce qu’il inspire et pour la place qu’il entend occuper dans l’imaginaire du monde.

Et dans cette bataille des récits, Claudy Siar possède une arme rare : il connaît à la fois l’Afrique, la diaspora et les médias internationaux. Pour le Bénin, l’enjeu sera désormais de transformer cette convergence en influence durable.

MOUFTAOU BADAROU

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