Bénin : Frère Hounvi fixé sur son sort le 7 octobre

Arrêté à Lomé dans des circonstances controversées, le cyberactiviste béninois Steve Amoussou, alias « Frère Hounvi », sera finalement fixé sur son sort le 7 octobre prochain à la CRIET de Cotonou. Son dossier, devenu hautement médiatique, cristallise les tensions entre justice, défense des droits et mobilisation politique.

De l’exil togolais aux barreaux béninois. Connu pour ses chroniques très critiques à l’égard des autorités béninoises, Frère Hounvi vivait en exil à Lomé depuis 2019. Dans la nuit du 12 août, il est interpellé par des individus non identifiés. « Ils ne se sont pas présentés et n’ont montré aucun mandat », dénoncent ses avocats, qui assimilent l’opération à un enlèvement. Rapidement transféré à Cotonou, le cyberactiviste est présenté le 20 août au procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET).

Trois chefs d’accusation lourds. La justice béninoise le poursuit pour « provocation directe à la rébellion », « publication de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux » et « harcèlement par voie électronique ». Des infractions graves, fondées sur ses publications et ses prises de parole très suivies sur internet, lesquelles visaient régulièrement le régime en place. « Avec le battage médiatique, tout laissait présager son placement sous mandat de dépôt », affirme Me Victorien Fadé, un des avocats de la défense, qui appelle à la stricte application de la loi et au respect de l’État de droit.

Opposition vent debout, sécurité renforcée. L’affaire a causé une vive émotion au sein de l’opposition, qui dénonce une répression politique. Guy Mitokpè, porte-parole du parti Les Démocrates, réclame la libération du cyberactiviste et appelle à un rassemblement massif devant la CRIET lors de la première audience : « Sortir pour apporter son soutien à quelqu’un qui comparaît, il n’y a pas de loi qui l’interdit », martèle-t-il. Face à cette mobilisation, les forces de sécurité ont été renforcées autour du tribunal, preuve de la sensibilité politique du procès à venir.

Défense sur le terrain des droits et de la procédure. Pour ses avocats, la défense s’annonce offensive : ils entendent démontrer l’irrégularité de l’arrestation. « Les conditions de son interpellation soulèvent de sérieux doutes sur la légalité de toute la procédure », alerte Me Renaud Agbodjo, qui réclame l’abandon des charges. En attendant le procès du 7 octobre, Steve Amoussou reste incarcéré à la prison d’Akpro-Missérété. Ses soutiens assurent qu’il reste, malgré tout, « courageux et déterminé » à affronter la justice. Le verdict attendu sera décisif pour l’activisme en ligne et les libertés publiques au Bénin, sous haute surveillance médiatique et internationale.

NOUNAGNON AGUENOU

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