Les Algériens étaient appelés aux urnes ce 2 juillet pour renouveler leur Assemblée populaire nationale. À première vue, ce scrutin ne semblait guère susceptible de bouleverser l’équilibre du pouvoir. Pourtant, derrière une campagne discrète et une issue largement anticipée, ces élections constituent un test politique majeur pour le président Abdelmadjid Tebboune et, au-delà, pour la capacité du régime à restaurer une légitimité durable après les secousses du Hirak.
Depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika en 2019, l’Algérie a engagé une transition sous contrôle. Une nouvelle Constitution, des élections présidentielles puis législatives, une réorganisation institutionnelle : autant d’étapes destinées à démontrer que le pays est entré dans une nouvelle ère. Mais six ans plus tard, une interrogation demeure : la stabilité institutionnelle suffit-elle à recréer un véritable contrat de confiance entre l’État et les citoyens ?
L’enjeu principal de ces législatives n’était pas tant de savoir qui gouvernerait demain. Les principaux partis soutenant le chef de l’État étaient largement donnés favoris, tandis qu’une opposition fragmentée peinait à apparaître comme une alternative crédible. La véritable bataille se jouait ailleurs : dans les bureaux de vote, à travers le taux de participation.
Depuis plusieurs scrutins, l’abstention est devenue l’un des principaux adversaires du pouvoir algérien. Une faible mobilisation traduit moins un rejet frontal des institutions qu’une forme de résignation politique. Une partie importante de la jeunesse estime que les élections ne modifient pas réellement les rapports de force, tandis que d’autres électeurs expriment leur défiance par le silence des urnes plutôt que par la contestation de rue.
Le Hirak a profondément transformé la société algérienne. Même si les manifestations ont disparu, l’exigence d’une gouvernance plus transparente, d’une justice indépendante et d’une économie plus performante demeure intacte. Le pouvoir a restauré l’ordre, mais il lui reste à convaincre que les réformes peuvent produire des résultats concrets dans la vie quotidienne.
Sur le plan économique, les autorités bénéficient d’un atout non négligeable : les recettes des hydrocarbures. La remontée des revenus énergétiques offre une marge de manœuvre budgétaire qui permet de financer les politiques sociales et d’investir dans les infrastructures. Mais cette rente reste insuffisante pour répondre aux défis structurels : chômage des jeunes diplômés, diversification de l’économie, attractivité des investissements privés et modernisation de l’appareil productif.
À ces défis internes s’ajoute un environnement régional particulièrement instable. L’Algérie demeure confrontée aux tensions persistantes avec le Maroc, à l’insécurité chronique dans le Sahel, aux crises libyenne et malienne, ainsi qu’à la recomposition des alliances internationales. Dans ce contexte, Alger cherche à consolider son image de puissance régionale tout en poursuivant une diplomatie d’équilibre entre partenaires occidentaux, Russie et Chine.
Ces législatives revêtent donc une portée qui dépasse largement le simple renouvellement parlementaire. Elles doivent permettre au président Tebboune de mesurer l’adhésion réelle à son projet politique et de conforter, ou non, la crédibilité de son agenda de réformes.
Mais la légitimité d’un pouvoir ne repose plus uniquement sur les urnes. Elle dépend désormais de sa capacité à produire de la croissance, à offrir des perspectives à sa jeunesse, à renforcer l’État de droit et à instaurer un dialogue politique plus ouvert. C’est sur ces terrains que se jouera l’avenir du régime bien davantage que dans la composition de l’Assemblée.
Au fond, le scrutin du 2 juillet apparaît moins comme une élection de rupture que comme une élection de confirmation. Confirmation de la stabilité institutionnelle recherchée par les autorités, mais aussi confirmation que la question essentielle demeure entière : comment transformer une stabilité politique retrouvée en une véritable adhésion populaire ? C’est de cette réponse que dépendra la trajectoire de l’Algérie dans les années à venir.
ÉLODIE AQUEREBURU