Un faux bond à la justice gabonaise

La convocation est désormais officielle : l’ancienne Première Dame du Gabon, Sylvia Bongo Valentin, et son fils Noureddin Bongo Valentin seront jugés à partir du 10 novembre devant la Cour criminelle spéciale du Gabon pour des faits présumés de détournement de fonds publics et de blanchiment. Mais cette date est d’ores et déjà assombrie par un obstacle majeur : ni Sylvia Bongo Valentin, ni son fils, exilés à Londres, n’entendent faire le déplacement à Libreville pour comparaître. Leurs avocats dénoncent un procès « procéduralement irréaliste » et qualifient l’audience de « simulacre de justice ». 

Après le coup d’État d’août 2023 qui a mis fin à plus de 50 ans de règne de la famille Bongo au Gabon, les autorités de transition ont engagé des poursuites contre plusieurs membres de l’ancien pouvoir. Sylvia Bongo Valentin, ancienne Première Dame, et son fils Noureddin, ex-directeur de cabinet, sont soupçonnés de malversations financières, notamment en lien avec la gestion du patrimoine public. Le moment choisi pour l’audience — et le cadre de la procédure — sont perçus par de nombreux observateurs comme un test pour l’indépendance de la justice gabonaise.

L’absence annoncée des prévenus

Dans un communiqué, l’équipe de défense explique que les deux accusés « ne peuvent pas être attendus à la merci de leurs persécuteurs », et que ni l’un ni l’autre n’a reçu de convocation formelle à son adresse londonienne. En filigrane, c’est un défi pour l’exécutif gabonais : comment faire comparaître des prévenus hors du territoire, qui refusent le voyage et mettent en cause la légitimité de la procédure ? Jusqu’à présent, la justice gabonaise a déclaré que l’audience se tiendrait « aux conditions prévues par la loi ».

À quoi s’attendre ?

La convocation du 10 novembre couvre également dix proches présumés des Bongo, qui seront jugés simultanément. Si l’audience se tient sans les deux principaux intéressés, elle pourrait se dérouler par contumace. Dans ce cas, la publicité du procès, les droits de la défense et l’équité de la procédure seront scrutés de très près par la communauté internationale, notamment par des organisations des droits de l’homme qui avaient déjà alerté sur des accusations de torture et de détention arbitraire dans le dossier Bongo.

Enjeux pour le Gabon

Pour le gouvernement du président Brice Oligui Nguema, ce procès représente une occasion de montrer que « l’impunité est terminée ». Toutefois, pour les critiques, l’affaire pourrait aussi s’avérer une mise en scène politique. Le déroulé de l’audience, sa transparence et la participation effective des accusés sont autant de signaux pour l’avenir de la justice au Gabon. Le 10 novembre marquera donc davantage qu’une simple date judiciaire : ce sera un moment clé du renouvellement institutionnel du pays.

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