RDC : Vital Kamerhe, la rechute

À l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, la tempête politique enfle autour de Vital Kamerhe. Plus de 260 députés ont signé et déposé, lundi 15 septembre, une pétition réclamant la destitution du président de la chambre basse. Les initiateurs dénoncent une gestion jugée « opaque », un style « dictatorial » et une « incompétence notoire » de la part de celui qui avait été élu triomphalement à ce poste en mai 2024.

 « Nous avons franchi le seuil requis. Ce n’est plus une question de rumeurs, c’est un acte politique clair », a déclaré l’un des initiateurs, le député Crispin Mbindule, affirmant que le fonctionnement actuel de l’institution « met en péril la crédibilité de l’Assemblée nationale ». Selon lui, « les excuses publiques de Vital Kamerhe ne suffisent pas face aux dysfonctionnements constatés ».

Une pétition au parfum de défiance

Dès les premiers jours de septembre, la pétition avait recueilli plus de 200 signatures. Sa progression rapide a confirmé un malaise latent au sein de la majorité. Plusieurs parlementaires reprochent à Kamerhe des prises de décision « unilatérales » et un manque de transparence dans la gestion des affaires administratives. Le texte, déposé officiellement par voie d’huissier après la fermeture inhabituelle de plusieurs bureaux du Palais du peuple, vise également certains membres du bureau de l’Assemblée. Les auteurs dénoncent une tentative d’obstruction : « On a fermé des portes pour nous empêcher de faire notre travail. Mais la démocratie n’a pas de cadenas », a ironisé un élu signataire.

L’UDPS tente de calmer le jeu

Face à l’ampleur de la contestation, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti du président Félix Tshisekedi, a tenu à se démarquer. « Cette initiative ne reflète pas la position de notre parti », a insisté un porte-parole, redoutant que la crise parlementaire ne dégénère en confrontation politique ouverte au sein de l’Union sacrée. Certains députés de la majorité présidentielle expriment déjà leur désaccord avec la démarche. « Destituer Kamerhe maintenant serait dangereux pour la stabilité institutionnelle. Nous devons privilégier le dialogue », a confié un parlementaire proche de la présidence, appelant à éviter « une guerre des tranchées qui fragiliserait tout le camp présidentiel ».

Un président fragilisé mais combatif

Vital Kamerhe, lui, n’entend pas céder sans se battre. Bien qu’il ait présenté des excuses publiques pour certaines décisions contestées, il rejette les accusations portées contre lui. «Je reste attaché au bon fonctionnement de l’Assemblée nationale. Je ne suis pas parfait, mais je n’ai jamais agi contre l’intérêt général », a-t-il affirmé devant quelques proches. La procédure de destitution, désormais enclenchée, devrait suivre le règlement intérieur de l’Assemblée. Un vote en plénière sera décisif pour confirmer ou non la mise à l’écart de Kamerhe. D’ici à là, les tractations vont s’intensifier dans les couloirs du Palais du peuple.

Que dit la loi ?

La Constitution congolaise ne détaille pas directement la destitution du président de l’Assemblée nationale, mais le règlement intérieur de la chambre basse fixe la marche à suivre. Une pétition doit d’abord réunir un nombre significatif de signatures, représentant au moins le quart des députés nationaux. Une fois déposée, elle est inscrite à l’ordre du jour et débattue en plénière. La destitution du président ou d’un membre du bureau n’est acquise qu’à la majorité absolue des membres de l’Assemblée, soit au moins 251 voix sur les 500 députés. En cas de vote favorable, l’intéressé perd immédiatement son mandat au sein du bureau, mais reste député. « C’est une procédure lourde, conçue pour éviter les destitutions impulsives », explique un constitutionnaliste interrogé à Kinshasa. Si la pétition a déjà franchi la barre des signatures, le vrai test sera celui du vote en plénière, où les équilibres politiques joueront pleinement.

Une épreuve politique pour l’Union sacrée

Au-delà de la personne de Vital Kamerhe, cette crise révèle les fractures internes de la majorité présidentielle. Elle met aussi en lumière les fragilités d’une coalition où les ambitions personnelles se mêlent aux rivalités partisanes. « Ce bras de fer dépasse Kamerhe. C’est un test grandeur nature pour l’Union sacrée et pour la stabilité des institutions », estime un analyste politique congolais. Alors que le pays traverse des défis sécuritaires et économiques majeurs, l’Assemblée nationale s’engage dans une bataille qui pourrait reconfigurer les équilibres du pouvoir à Kinshasa.

 

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