RDC : l’union sacrée anti-Tshisekedi aura-t-elle lieu?

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. » L’adage africain, repris par Ados Ndombasi dans son récent appel à l’unité, résonne comme un aveu autant que comme une mise en garde. Aveu d’une opposition congolaise fragmentée, affaiblie par les egos, les rivalités et les trajectoires personnelles. Mise en garde face à un pouvoir qui, malgré ses fragilités, continue de prospérer sur les divisions de ses adversaires.
Vêtu de sa traditionnelle combinaison orange, symbole d’un ancrage populaire revendiqué, l’ancien député ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’opposition ne saurait être la chasse gardée de quelques figures ni l’addition de carrières individuelles en quête de revanche. Elle devrait, affirme-t-il, redevenir un mouvement collectif, structuré autour d’une vision commune et capable de contraindre le régime de Félix Tshisekedi à rendre des comptes. D’où sa proposition d’un conclave de l’opposition à Kinshasa, censé poser les bases d’une stratégie partagée.
Le diagnostic est largement partagé. Depuis les dernières échéances électorales, l’opposition congolaise apparaît morcelée, sans ligne claire ni leadership incontesté. D’un côté, des figures restées au pays — Martin Fayulu, Delly Sessanga, Jean-Marc Kabund ou encore Ados Ndombasi — tentent de maintenir une présence politique malgré les pressions et les contraintes institutionnelles. De l’autre, des poids lourds en exil, à l’image de Moïse Katumbi, Joseph Kabila, Augustin Matata Ponyo, Franck Diongo, Claudel Lubaya ou Seth Kikuni, dont l’éloignement complique toute coordination effective.
Cette fracture géographique recouvre en réalité des divergences plus profondes : désaccords stratégiques, lectures contradictoires du rapport au pouvoir, rivalités héritées des cycles politiques précédents. À cela s’ajoute la question sensible du leadership. Qui pour incarner l’alternative ? Qui pour fédérer sans écraser ? Autant de questions restées sans réponse, malgré les multiples tentatives de plateformes communes et de déclarations unitaires.
L’appel d’Ados Ndombasi s’inscrit ainsi dans une longue série d’initiatives avortées. Depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la présidence, les tentatives de front commun n’ont jamais résisté à l’épreuve du temps. Chaque crise, chaque échéance, chaque arrestation ou retour d’exil ravive les fractures plutôt que de les résorber. Le pouvoir, lui, observe et capitalise sur cette incapacité chronique à parler d’une seule voix.
Pourtant, le contexte pourrait rendre l’unité moins optionnelle que jamais. Crise sociale persistante, défi sécuritaire à l’Est, contestations électorales non résolues : les motifs de mobilisation ne manquent pas. Mais sans structure collective crédible, ces colères restent dispersées et politiquement inoffensives.
Reste à savoir si l’appel actuel marquera un tournant ou s’il rejoindra la longue liste des occasions manquées. L’unité ne se décrète pas : elle se construit, au prix de concessions réciproques et d’un renoncement partiel aux ambitions personnelles. En RDC, l’opposition semble en avoir pleinement conscience. Encore faut-il qu’elle en ait, enfin, le courage politique.
BACHIROU NALLA

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