Kinshasa bruisse de rumeurs persistantes sur une possible réforme de la Constitution du 18 février 2006. Selon plusieurs sources politiques, le gouvernement envisagerait de rouvrir le chantier de la Loi fondamentale, officiellement pour “l’adapter aux réalités actuelles du pays”. Mais dans les coulisses, nombreux sont ceux qui redoutent une manœuvre destinée à préparer la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi.
« Nous devons éviter tout ce qui pourrait fragiliser notre jeune démocratie », confie un constitutionnaliste de l’Université de Kinshasa. « Modifier les règles du jeu à la veille d’une élection est toujours perçu comme une tentative de confiscation du pouvoir. »
Adoptée en 2006 puis amendée en 2011, la Constitution congolaise repose sur des équilibres délicats : la séparation des pouvoirs, la garantie des libertés fondamentales et la limitation stricte du mandat présidentiel à deux quinquennats. Pour beaucoup d’observateurs, toucher à l’un de ces piliers reviendrait à dénaturer l’esprit républicain qui a émergé après des années de crise politique.
L’hypothèse d’un passage du suffrage universel direct à un mode d’élection indirect du chef de l’État inquiète particulièrement. « Le suffrage direct est le fondement de la légitimité du pouvoir exécutif », rappelle un ancien membre de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). « Revenir à un système de désignation par un collège restreint serait une régression démocratique. »
Face à ces craintes, des voix appellent le pouvoir à la prudence. « Toute réforme constitutionnelle doit se faire dans la transparence, avec la participation du peuple », insiste un député de l’opposition. « La Constitution n’est pas un instrument au service d’un homme ou d’un parti, c’est le contrat social qui unit la nation. »
Dans les rangs de la majorité, certains responsables minimisent les soupçons : « Le président Tshisekedi n’a jamais parlé de troisième mandat. Il s’agit simplement d’une réflexion institutionnelle pour renforcer la gouvernance », affirme un proche du chef de l’État.
Mais l’histoire récente de l’Afrique subsaharienne montre que les révisions constitutionnelles motivées par la volonté de prolonger un pouvoir en place ont souvent débouché sur des crises graves — du Burundi à la Côte d’Ivoire, en passant par la Guinée.
Pour la RDC, encore marquée par les tensions postélectorales de 2018, une telle dérive serait un dangereux précédent. « On ne réforme pas la Constitution pour servir des ambitions personnelles, mais pour consolider l’État de droit », avertit un observateur politique. « La tentation du troisième mandat a déjà fait vaciller plusieurs régimes africains. Le Congo ne doit pas en faire l’expérience. »
NALLA BACHIROU