La fin du franc CFA, remplacé à terme par l’Eco ou par de nouvelles monnaies nationales, marquerait un tournant historique pour la France. Au-delà de la dimension monétaire, c’est tout un pan de son influence économique et diplomatique en Afrique de l’Ouest qui s’effriterait.
Depuis plus de soixante-dix ans, le franc CFA lie la France à quatorze pays africains, via un mécanisme de parité fixe avec l’euro et la garantie du Trésor français. Ce système, souvent critiqué, assurait pourtant une certaine stabilité monétaire.
« La zone CFA offrait aux investisseurs européens un cadre prévisible, et à la France un levier discret mais réel sur les politiques économiques de la région », souligne un ancien diplomate français en poste à Dakar.
Mais la dynamique actuelle, marquée par la montée de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les velléités d’émancipation monétaire de plusieurs membres de l’UEMOA, change la donne. La disparition programmée du franc CFA aurait pour Paris des conséquences financières et symboliques majeures.
Une perte de liquidités et d’influence
Jusqu’ici, la France détenait 50 % des réserves de change des pays de la zone, déposées au Trésor. Ces dépôts, bien que modestes à l’échelle de son économie, offraient à Paris une garantie de liquidités et un instrument d’influence.
« La fin du système CFA priverait la France d’un coussin de sécurité financière et d’un canal d’action monétaire en Afrique », analyse un économiste du CNRS. Elle affaiblirait aussi sa capacité à soutenir, via l’Agence française de développement (AFD), des projets d’investissement dans un environnement stable.
Ce recul intervient alors que la situation budgétaire française inquiète. Le déficit public dépasse désormais 6 % du PIB, selon la Cour des comptes, et s’aggrave d’environ 0,6 point par an. Dans ce contexte, la perte des avantages indirects liés au système CFA – stabilité des échanges, accès privilégié aux marchés africains, attractivité pour les entreprises – accentuerait la vulnérabilité de la France sur les plans financier et géopolitique.
Un risque de déclassement international
Pour de nombreux observateurs, la rupture monétaire aurait un impact politique plus profond encore. « La fin du CFA signifierait la fin d’un lien historique, mais aussi d’un instrument d’influence régionale », estime un chercheur en relations internationales.
Une restructuration de l’UEMOA ou de la CEDEAO autour de monnaies indépendantes ou d’un Eco sans la France marginaliserait Paris dans les négociations économiques africaines. Ce recul pourrait aussi affaiblir sa crédibilité auprès de ses partenaires européens, à un moment où les tensions politiques internes nourrissent déjà un sentiment de fragilisation nationale.
À l’étranger, certains responsables politiques n’hésitent plus à pointer du doigt l’héritage du CFA. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a ainsi accusé à plusieurs reprises la France de maintenir un « système colonial déguisé ». Un discours largement repris, notamment par l’extrême droite européenne, qui alimente un ressentiment croissant contre Paris.