Trop rarement investis par les plumes africaines, le polar et le roman d’espionnage peinent à trouver leur place sur le continent. Manque de modèles, contraintes éditoriales et traditions orales expliquent la percée timide de ce genre romanesque en Afrique, malgré quelques voix qui appellent à une diversification littéraire.
« Nous sommes héritiers d’une culture profondément orale, où le conte et la légende rythment la transmission », rappelle l’universitaire béninois K. Dossou. Bien que structurantes, ces narrations privilégient la morale ou la sagesse, et la place de l’enquête policière est encore marginale dans l’imaginaire collectif africain.
Des thèmes jugés plus urgents. La réalité sociale et politique s’impose souvent comme sujet littéraire. « L’actualité, la pauvreté ou les droits humains, ce sont nos urgences et nos responsabilités comme auteurs », insiste A. Mensah, romancière togolaise. Pour beaucoup, écrire, c’est d’abord s’engager sur les terrains brûlants du social.
Avec un marché du livre balbutiant dans bon nombre de pays africains, les éditeurs risquent rarement le pari du polar. « La rentabilité n’est pas assurée : un roman policier exige un vrai travail éditorial, mais il n’y a pas encore un lectorat suffisant », confie un professionnel du livre à Abidjan. Cette prudence limite de fait l’émergence de nouveaux auteurs dans le genre. Évoquer des crimes, la justice ou la corruption, c’est aussi jouer avec le feu. « Beaucoup pensent le polar risqué. Il expose à des critiques, voire à des ennuis », analyse Marième Diop, critique sénégalaise. De plus, l’absence de grands succès du polar africain décourage les jeunes écrivains. « En atelier, peu rêvent d’écrire un roman policier ou d’espionnage », constate un formateur nigérian en techniques narratives.
Appel à la diversité et à l’innovation. Malgré tout, quelques voix s’élèvent pour élargir le champ des possibles. « Adapter le polar à nos réalités, en s’inspirant de nos histoires locales, serait une piste prometteuse », affirme notre rédacteur en chef, Mouftaou Badarou, qui pratique ce genre romanesque. Pour Marième Diop, le défi est à relever : « Diversifier nos récits, c’est faire grandir notre littérature. » En Afrique, la diversification du polar suppose soutien éditorial, formation et audace thématique. Le suspense à l’africaine n’attend plus que ses héros;
NOUNAGNON AGUENOU