Mouftaou Badarou : « Pourquoi j’écris des thrillers politiques… »

Depuis une villa huppée de la capitale d’Oman, Aïcha Kadhafi prépare sa vengeance.

Paris, 2015. Une explosion déchire la gare Saint-Lazare. Des voitures et des habitations sont dévorées par les flammes. Des corps sans vie jonchent le lieu de l’explosion. Quelques survivants errent, hagards. Le chaos. Les pro-Kadhafi ont frappé. Le GIGN est déployé. La DGSE entre en action. Mais le danger n’est pas totalement écarté. Un terroriste suppléant a réussi à entrer clandestinement en France. Sa mission : frapper à nouveau. Plus fort. Plus symboliquement.

Entre coulisses du renseignement, terrorisme transnational et manipulations géopolitiques, Mouftaou Badarou renoue avec son rythme haletant dans cette nouvelle édition de « La vengeance d’Aïcha Kadhafi ». L’auteur nous explique les ressorts de son écriture et les motivations profondes qui l’ont conduit à faire du thriller politique son terrain d’expression.

Propos recueillis par CHARTRIN ONDAMBA

M. Badarou, la question qui me brûle les lèvres est simple : pourquoi écrivez-vous des romans d’espionnage ?

MB :J’écris d’abord pour combler un vide. Il existe une abondante littérature de thrillers politiques occidentaux, mais très peu d’auteurs africains ont investi ce champ. Or, l’Afrique, le Moyen-Orient et même l’Europe sont aujourd’hui au cœur des grandes manœuvres géopolitiques mondiales. Je trouvais paradoxal que ces réalités soient racontées presque exclusivement par d’autres. J’aime aussi les défis. Écrire un roman d’espionnage crédible exige une rigueur extrême, une documentation solide et une compréhension fine des rapports de force internationaux. Je m’y suis lancé éperdument, mais avec méthode. Aujourd’hui, « La vengeance d’Aïcha Kadhafi » s’inscrit dans une série plus large, celle de Jimmy Boris, opérationnel de la DGSE, dont c’est le troisième volet, qui a été entièrement réécrit. J’en suis déjà à cinq numéros de la série : « Panique à Cotonou », « Coup d’État au Gabon », « La vengeance d’Aïcha Kadhafi », « Une taupe à l’Élysée » et « La vengeance de Poutine ».

Vos romans sont très rythmés, presque cinématographiques. Est-ce une réponse à l’évolution du lectorat et à la concurrence des écrans ?

Absolument. La prééminence d’Internet et des réseaux sociaux a profondément transformé le rapport à la lecture. Le lecteur est aujourd’hui sur-sollicité. Il ne daigne plus lire que des ouvrages capables de provoquer une forte charge émotionnelle et intellectuelle. Mais le rythme n’est pas une fin en soi. Il sert à maintenir la tension tout en faisant passer un contenu dense : terrorisme international, services de renseignement, diplomatie secrète, conflits post-Kadhafi. Le défi consiste à instruire sans ennuyer, à expliquer sans donner de leçons. Le thriller politique est un formidable outil pédagogique, à condition de respecter l’intelligence du lecteur.

En parlant de crédibilité, quelles sont vos techniques d’écriture et de documentation ?

Je me réfère souvent à Frederick Forsyth, le maître du genre, qui disait : « J’ai commencé à écrire en me fixant deux règles : je laisse leurs vrais noms aux personnages et je raconte l’histoire avec toutes les précisions techniques possibles. » Je partage cette approche. Comment fonctionne un service de renseignement ? Comment se monte une opération clandestine ? Comment circulent les armes, les fonds, les hommes ? Ce sont des détails techniques, mais ils donnent chair au récit. Sans eux, le roman devient une simple fiction déconnectée du réel.

Vos intrigues semblent très proches de l’actualité internationale. Où placez-vous la frontière entre réalité géopolitique et fiction romanesque ?

Je pars toujours du réel. La chute de Kadhafi, l’exil de ses proches, la recomposition chaotique de la Libye, l’exportation de l’instabilité vers le Sahel et l’Europe : tout cela est documenté. La fiction commence lorsque j’imagine les trajectoires individuelles, les stratégies cachées, les alliances inavouables. La géopolitique moderne ne se joue pas uniquement dans les sommets officiels. Elle se joue aussi dans l’ombre, à travers des réseaux, des intermédiaires, des acteurs non étatiques. Le roman permet d’explorer ces zones grises que le discours officiel préfère souvent taire.

Pourquoi avoir choisi Aïcha Kadhafi comme figure centrale de votre récit ?

Parce qu’elle est à la fois un personnage réel et un symbole puissant. Aïcha Kadhafi incarne la chute brutale d’un régime, l’humiliation de l’exil, mais aussi la persistance de réseaux fidèles à l’ancien pouvoir. Elle permet d’interroger une question centrale : que deviennent les vaincus de l’histoire ? À travers elle, je voulais montrer que les guerres ne s’achèvent jamais totalement. Elles laissent des rancœurs, des traumatismes et parfois des projets de revanche. En ce sens, Aïcha Kadhafi est moins un personnage qu’un prisme à travers lequel on peut observer les conséquences durables des interventions internationales.

Quel message souhaitez-vous transmettre au lecteur à travers « La vengeance d’Aïcha Kadhafi »?

Je voudrais que le lecteur comprenne que la géopolitique n’est pas une abstraction. Derrière les stratégies étatiques, il y a des vies brisées, des choix tragiques et des calculs froids. Je souhaite aussi qu’il prenne conscience de la porosité croissante entre conflits lointains et sécurité intérieure européenne. Mais avant tout, je veux qu’il prenne du plaisir à lire. Qu’il soit tenu en haleine jusqu’à la dernière page. Le roman n’est pas un rapport d’expert, c’est une immersion. Si le lecteur referme le livre en se disant qu’il a appris quelque chose sans s’en rendre compte, alors j’aurai atteint mon objectif.

La vengeance d’Aïcha Kadhafi, février 2026, ed. LICHT, 194 pages, 16 euros.

Disponible sur Dilicom, Amazon, fnac.com, eyrolles.com et editionslicht.net

Partager

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *