Manœuvres navales dans les eaux sud-africaines

Du 9 au 16 janvier 2026, des manœuvres navales inédites ont eu lieu dans les eaux territoriales de l’Afrique du Sud, rassemblant des navires de pays souvent qualifiés de « BRICS Plus » : Chine, Russie, Iran et Afrique du Sud, avec la présence de forces émiraties et égyptiennes. Baptisé Will for Peace 2026, cet exercice maritime s’est déroulé notamment autour de la base navale de Simon’s Town, au large du Cap, et a officiellement visé à « assurer la sécurité des voies de navigation et des activités économiques maritimes » et à renforcer « l’interopérabilité» entre les marines participantes.

L’exercice, qui avait vocation à durer une semaine, s’est achevé le 16 janvier mais a continué à faire parler de lui jusqu’au 19 janvier et au-delà, tant sur le plan diplomatique que stratégique. Si Pretoria présente ces manœuvres comme une simple coopération maritime, l’ampleur médiatique et la sensibilité de certains participants ont transformé l’événement en un symbole géopolitique, loin d’être anodin.

La présence active de l’Iran — dont les navires ont participé pleinement aux phases en mer — a particulièrement alimenté la controverse. Washington a dénoncé cette implication, notamment en raison de la répression interne en Iran et de l’impact potentiel sur les relations entre l’Afrique du Sud et les États-Unis. Face aux critiques, Pretoria a ouvert une enquête pour déterminer si les directives présidentielles visant à limiter l’engagement iranien avaient été correctement appliquées.

Sur le plan diplomatique, l’exercice a mis en lumière des fractures internes même au sein des BRICS étendus : l’Inde et le Brésil ont décliné l’invitation, soulignant que l’opération n’était pas une activité institutionnellement reconnue du bloc mais une initiative sud-africaine impliquant seulement certains États.  Cette absence des deux membres fondateurs les plus modérés nuance les interprétations hâtives d’une « unité BRICS » derrière un agenda anti-occidental.

Pour plusieurs observateurs, ces manœuvres ne constituent pas, à proprement parler, la naissance d’une alliance militaire formelle. L’exercice a été décrit davantage comme symbolique : il permet aux participants de montrer leur capacité à coopérer sur des questions de sécurité maritime tout en envoyant un message politique au monde, notamment aux puissances occidentales.

C’est dans cette dimension politique que l’on retrouve le débat sur l’existence ou non d’une «confrontation » avec les États-Unis. Cette dernière décennie, les BRICS, initialement conçus comme un forum de coopération économique, ont élargi leurs ambitions à « BRICS Plus », en accueillant des pays comme l’Iran, l’Égypte ou les Émirats arabes unis, ce qui, pour certains, signale une volonté de redessiner les lignes de force du système international.

D’un côté, ces manœuvres montrent que des puissances émergentes s’efforcent d’affirmer leur autonomie stratégique, multipolitisent les forums de coopération et explorent des cadres de dialogue alternatifs. D’un autre côté, l’absence de participation de l’Inde, la prudence du Brésil, et l’insistance de Pretoria sur une interprétation non hostile de l’exercice illustrent les limites de cette projection de puissance.

En effet, l’exercice n’a pas été accompagné de déclarations militaires agressives visant explicitement à défier ou contrer l’influence américaine. Il s’inscrit plutôt dans une logique de diversification des partenariats de sécurité, où la coopération régionale est mise en avant. Cela dit, dans un contexte de tensions commerciales, diplomatiques et sécuritaires croissantes entre Washington et plusieurs États du Sud global, ces manœuvres renforcent l’idée que les BRICS Plus souhaitent occuper davantage d’espace sur la scène mondiale, sans pour autant constituer un bloc militaire uni et résolu à défier frontalement les États-Unis.

Au final, Will for Peace 2026 illustre davantage une aspiration à une coopération maritime renforcée et à une présence accrue sur les grandes voies maritimes mondiales qu’une confrontation ouverte avec une puissance dominante. Les États-Unis et leurs alliés gardent une supériorité militaire globale, mais le signal envoyé par ces manœuvres est clair : dans un monde de plus en plus multipolaire, des acteurs non-occidentaux cherchent à définir leurs propres règles de coopération, parfois à l’écart des cadres traditionnels dominés par Washington.

BACHIROU NALLA

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