La disparition de Louis Barthélémy Mapangou, survenue le mardi 9 décembre 2025 à Libreville, marque bien davantage que l’extinction d’une voix. Elle referme un chapitre essentiel de l’histoire des médias gabonais et africains, celui d’une génération pour qui informer relevait d’une mission presque sacrée. À 80 ans, l’homme laisse derrière lui une œuvre structurante, façonnée par la rigueur, la mémoire et une conception exigeante de la parole publique.
Né le 22 juin 1945 à Kibangou, dans l’actuelle République du Congo, Louis Barthélémy Mapangou grandit dans un environnement où le verbe est porteur de sens et de responsabilité. Son père, catéchiste, lui inculque très tôt le respect du mot juste, de la transmission et de la discipline intellectuelle. Ces fondations morales irrigueront toute sa trajectoire professionnelle, forgée loin de l’improvisation et du sensationnalisme.
Figure centrale mais discrète de l’appareil médiatique gabonais, Louis Barthélémy Mapangou s’impose comme un artisan de la mémoire nationale. Aux côtés du président Omar Bongo Ondimba, il pilote le Mémorial du Gabon, vaste entreprise encyclopédique devenue une référence incontournable pour comprendre l’évolution politique, sociale et culturelle du pays. Ce travail de documentation révèle un homme obsédé par l’archivage, la précision et la continuité historique.
Mais c’est surtout dans le champ radiophonique que son empreinte s’avère déterminante. Nommé directeur général de la Radio Télévision Gabonaise en 1976, puis délégué ministériel au ministère de l’Information, il se voit confier un projet ambitieux : la création d’une radio panafricaine capable de dépasser les frontières et de structurer un espace médiatique continental.
Africa N°1 naît ainsi, portée par une vision politique et éditoriale claire. Promu président du conseil d’administration en 1987, Louis Barthélémy Mapangou dirigera Africa N°1 pendant plus de vingt ans. Sous son autorité, la station devient une référence africaine, respectée pour son sérieux, redoutée pour son indépendance relative et écoutée pour la qualité de ses contenus. Patron exigeant, parfois austère, il impose une discipline de travail stricte et une conception quasi sacerdotale du métier de journaliste, où la responsabilité prime sur la notoriété.
Peu enclin aux mondanités, préférant l’ombre des bureaux aux projecteurs, Louis Barthélémy Mapangou exerçait une influence inversement proportionnelle à sa discrétion. À l’heure où l’espace médiatique africain est traversé par l’instantanéité, la polarisation et la fragilité économique, son parcours interroge : que reste-t-il aujourd’hui de cette culture de la rigueur et de la mémoire ?
Avec Louis Barthélémy Mapangou disparaît un gardien exigeant de la parole publique. Son héritage, lui, demeure : dans les archives, les institutions qu’il a façonnées et l’exigence professionnelle qu’il lègue aux générations futures.
CHARTRIN CESARD ONDAMBA