À Addis-Abeba, en Éthiopie, la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a pris part le 13 février à une grande rencontre rassemblant des dirigeants européens et africains. Cette visite s’inscrit dans la continuité des efforts de Rome pour renforcer ses liens avec le continent africain, deux ans après le premier Sommet Italie-Afrique organisé à Rome en 2024. L’objectif proclamé est de transformer les relations entre l’Europe et l’Afrique, aujourd’hui centrées sur des questions migratoires et économiques.
Au cœur de cette démarche se trouve le « plan Mattei », du nom d’Enrico Mattei, figure italienne de l’après-guerre. Il s’agit d’un vaste programme de coopération qui associe investissements, projets d’infrastructures et initiatives de développement durable. Selon Rome, ce plan vise à répondre aux causes profondes de l’émigration depuis l’Afrique vers l’Europe : en améliorant les conditions économiques locales, l’Italie espère limiter les départs de personnes vers le nord tout en créant de nouvelles opportunités sur place.
Concrètement, le plan prévoit des projets d’envergure dans des secteurs variés : routes et corridors commerciaux, énergies renouvelables, agriculture, formation professionnelle et soutien aux startups. Un volet important concerne aussi la coopération énergétique, particulièrement après les perturbations des approvisionnements en gaz de l’Italie, qui cherche à diversifier ses sources et à nouer des partenariats stratégiques avec des pays producteurs africains.
Cependant, cette stratégie n’est pas exempte de critiques. Certains observateurs africains et européens pointent du doigt un déséquilibre potentiel entre les ambitions italiennes et les besoins réels des populations locales. Ils jugent que Rome met trop l’accent sur ses propres intérêts géopolitiques et migratoires, au détriment d’une coopération réellement équitable. D’autres estiment que le plan manque encore de mécanismes concrets pour favoriser la participation des sociétés civiles africaines et assurer une transparence totale dans la mise en œuvre des financements.
En outre, la question migratoire demeure centrale dans les discussions : pour l’Italie, soutenir le développement économique en Afrique est une réponse à long terme à l’arrivée de migrants sur ses côtes. Mais pour beaucoup d’experts, cette approche devra être complétée par une politique d’asile efficace, une meilleure gestion des routes migratoires et une coopération élargie avec l’ensemble de l’Union européenne.
Dans l’ensemble, le déplacement de Giorgia Meloni en Éthiopie confirme que Rome souhaite se repositionner comme un acteur majeur en Afrique, capable de dialoguer avec des partenaires africains sur un pied d’égalité. Le défi reste cependant de transformer ces ambitions en résultats tangibles pour les populations des deux côtés de la Méditerranée.
OUSMANE CAMARA