Depuis plusieurs années, les relations entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda se sont progressivement détériorées, jusqu’à devenir l’un des dossiers les plus explosifs de la région des Grands Lacs. Au cœur de cette crise, deux chefs d’État : le Congolais Félix Tshisekedi et le Rwandais Paul Kagamé, engagés dans une confrontation diplomatique et verbale sans précédent. Chronologie d’une escalade langagière.
À son arrivée au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi privilégie pourtant l’apaisement. Les premiers mois de son mandat sont marqués par des discours conciliants au fil de ses rencontres avec Paul Kagamé : « Nous devons tourner la page des conflits du passé et construire une coopération régionale », déclarait alors le président congolais.
Mais la dynamique se brise fin 2021 avec la réapparition du mouvement rebelle M23 dans l’est de la RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir activement cette rébellion. Paul Kagamé rejette ces accusations, pretextant que « le Rwanda n’est pas responsable de l’échec de l’État congolais à assurer sa propre sécurité ».
En 2022, le ton monte. Félix Tshisekedi parle ouvertement « d’agression rwandaise » et expulse l’ambassadeur du Rwanda à Kinshasa. « Le Rwanda doit cesser de piller nos ressources et de tuer nos populations sous couvert de groupes armés », lance-t-il lors d’un discours officiel. De son côté, Kagamé accuse la RDC de collaborer avec les FDLR, groupe armé hostile à Kigali, qualifiant cette situation de « menace existentielle pour le Rwanda ».
L’année 2023 est marquée par une succession de sommets régionaux infructueux et de médiations sans résultat. À plusieurs reprises, les deux présidents s’affrontent verbalement lors de réunions internationales. Paul Kagamé ironise alors sur « des dirigeants qui cherchent des boucs émissaires pour masquer leur incapacité ». Tshisekedi réplique : « On ne peut pas prêcher la paix tout en soutenant des rebelles sur le terrain. »
En 2024, malgré la présence de forces régionales et internationales, la situation sécuritaire continue de se dégrader à l’est de la RDC. La rhétorique devient un outil politique central, notamment dans un contexte électoral congolais tendu.
L’escalade atteint un point critique début 2025 avec la prise de Goma puis de Bukavu par le M23. Félix Tshisekedi parle alors de « déclaration de guerre déguisée » et refuse toute rencontre avec Kagamé. « Je ne négocie pas avec ceux qui agressent mon pays », affirme-t-il. Kigali maintient sa ligne : « Le problème du Congo ne se réglera pas par des accusations répétées ».
Sous pression internationale, une rencontre surprise entre les deux dirigeants a lieu à Doha en mars 2025, suivie d’un accord signé à Washington quelques mois plus tard. Malgré ces engagements, la méfiance demeure. « La paix ne sera possible que lorsque le Rwanda cessera toute ingérence », insiste Tshisekedi, tandis que Kagamé rétorque que « la stabilité régionale exige des responsabilités partagées ».
Derrière les invectives et les « noms d’oiseaux », se joue ainsi un conflit plus profond, mêlant sécurité, mémoire historique et rapports de force régionaux, dont l’issue reste incertaine.
OUSMANE CAMARA