Quand le président gabonais met l’administration sous pression

La visite inopinée du président Brice Clotaire Oligui Nguema au ministère de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, le 15 décembre 2025, a marqué les esprits. En se rendant personnellement dans les services administratifs, le chef de l’État a voulu constater, sans filtre, la réalité du fonctionnement de l’administration gabonaise. Cette initiative, largement médiatisée, s’inscrit dans une volonté affichée de restaurer la discipline, l’efficacité et la crédibilité de l’État, à un moment où la demande de rupture avec les pratiques du passé demeure forte.

Sur le plan symbolique, le message est clair : la complaisance à l’égard de l’absentéisme, de la lenteur bureaucratique et de l’inefficacité administrative n’est plus tolérée. Les décisions immédiates prises à l’encontre de certains responsables — suspensions, sanctions ou révocations — traduisent une fermeté assumée. Le président cherche ainsi à incarner un pouvoir de contrôle direct, soucieux de résultats concrets et prompt à sanctionner les manquements.

Toutefois, au-delà de l’effet d’annonce, cette démarche soulève plusieurs interrogations de fond. Les dysfonctionnements de la Fonction publique gabonaise sont anciens et profondément enracinés. Ils tiennent autant à des insuffisances organisationnelles — procédures obsolètes, faible numérisation, chevauchement des compétences — qu’à des facteurs humains, tels que le déficit de formation continue, la démotivation des agents ou l’absence d’une véritable culture de la performance. Une descente surprise, aussi spectaculaire soit-elle, ne saurait à elle seule corriger ces faiblesses structurelles.

En outre, la méthode employée pose la question du mode de gouvernance. En s’érigeant en contrôleur direct de l’administration, le chef de l’État gabonais renforce son image d’homme fort et de réformateur déterminé. Mais cette personnalisation du contrôle comporte des risques. Elle peut engendrer un climat de peur, favoriser l’obéissance passive plutôt que l’engagement professionnel, et dissuader l’initiative individuelle au sein des services publics. Une administration efficace repose moins sur la crainte de la sanction que sur des règles claires, des incitations positives et une responsabilisation durable des agents.

L’enjeu central reste donc celui de la transformation structurelle. Pour que la réforme de la Fonction publique soit effective, elle doit s’appuyer sur des politiques cohérentes et de long terme : numérisation des procédures, modernisation de la gestion des ressources humaines, formation adaptée aux besoins réels, évaluation objective des performances et clarification des responsabilités. Sans cet accompagnement, les sanctions ponctuelles risquent de produire des effets limités et temporaires.

En définitive, la visite présidentielle du 15 décembre constitue un signal politique fort et une démonstration d’autorité assumée sur l’administration gabonaise. Mais son efficacité réelle dépendra de la capacité du pouvoir à dépasser le registre du symbole pour engager des réformes profondes et durables. La crédibilité de l’action publique gabonaise se jouera moins dans l’exceptionnel que dans la constance, moins dans la mise en scène que dans la construction patiente d’une administration moderne, performante et au service des citoyens.

CHARTRIN CÉSARD ONDAMBA

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