Gabon : le silence de l’UDB face à la colère des enseignants

Depuis plusieurs semaines, le système éducatif gabonais est paralysé par une crise sociale profonde. Grèves à répétition, salles de classe désertées, examens menacés : la transmission des savoirs aux élèves du public, censés constituer l’élite de demain, est gravement compromise. Dans ce contexte tendu, une absence interpelle plus que les autres : celle de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), pourtant au pouvoir depuis bientôt un an.

L’indifférence affichée par ce parti face à une crise d’une telle ampleur suscite incompréhension et interrogations. L’UDB, dont le manifeste idéologique met en avant « la refondation du pays pour un nouveau Gabon », ainsi que les valeurs de responsabilité, d’unité et de dialogue, n’a jusqu’ici effectué aucune prise de position publique notable pour appeler à l’apaisement ou encourager une médiation entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

Cette absence de parole contraste fortement avec la radicalisation progressive du conflit. Les discussions avortées entre les autorités et les syndicats ont laissé place à une crispation durable, culminant avec l’arrestation et l’incarcération de deux figures majeures du mouvement syndical enseignant, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo. Tous deux ont passé plusieurs jours à la prison centrale de Libreville avant d’être finalement libérés sous la pression syndicale. Cet épisode a marqué un tournant dans la crise et ravivé les tensions.

Dans un pays où l’éducation demeure un pilier central du développement et de la cohésion sociale, le silence du parti au pouvoir apparaît d’autant plus surprenant. Ni Mays Mouissi, secrétaire général de l’UDB, ni les responsables provinciaux de la formation politique n’ont publiquement appelé au dialogue, à la responsabilité ou à la désescalade. Cette retenue — ou cette stratégie du mutisme — laisse le champ libre à des escarmouches entre l’exécutif et les syndicats, au détriment des élèves et de leurs familles.

Pour de nombreux observateurs, cette posture interroge la capacité de l’UDB à incarner concrètement les principes qu’elle revendique. Le dialogue, souvent invoqué dans les discours politiques, se mesure surtout à l’épreuve des crises. Or, dans le cas présent, l’absence de médiation politique renforce le sentiment d’un pouvoir replié sur lui-même, peu enclin à jouer un rôle d’arbitre ou de facilitateur.

Au-delà des considérations partisanes, la crise éducative met en lumière une problématique plus large : celle de la gouvernance sociale au Gabon. L’école, miroir des tensions sociales, révèle les fragilités du contrat entre l’État et ses agents. En restant silencieuse, l’UDB donne l’impression de se tenir à distance d’un débat pourtant central pour l’avenir du pays.

À mesure que les semaines passent, l’urgence n’est plus seulement de reprendre les cours, mais de restaurer la confiance. Cela suppose des gestes politiques forts, des paroles claires et une volonté affirmée de dialogue. À défaut, le silence actuel risque de peser lourdement sur la crédibilité d’un parti qui se voulait porteur d’un « nouveau Gabon », mais dont l’engagement face à l’une des crises sociales majeures du moment demeure, pour l’instant, étonnamment absent.

Chartrin Césard Ondamba

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