Dans un contexte de croissance démographique et d’intensification des échanges intra-régionaux, l’Afrique de l’Ouest explore de nouvelles solutions pour désengorger ses axes terrestres et fluidifier le commerce. L’annonce par les autorités ghanéennes d’un service maritime côtier reliant le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria pourrait marquer une étape importante vers une mobilité régionale plus efficace et durable. Ce projet, porté par un investisseur privé disposant déjà de deux navires, ambitionne de proposer des liaisons régulières pour les passagers et le fret, offrant une alternative crédible aux routes souvent saturées et coûteuses.
Selon Joseph Bukari Nikpe, ministre des Transports du Ghana, « ce service maritime côtier vise à réduire la pression sur les corridors routiers surchargés tout en facilitant les échanges commerciaux entre nos pays côtiers ». Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large d’intégration économique régionale, où la fluidité des personnes et des biens est un facteur clé de compétitivité.
Répondre à un besoin structurel
Actuellement, la majorité des échanges entre ces États s’opère par voie terrestre. Les distances relativement courtes entre les capitales côtières — Accra, Lomé, Cotonou et Lagos — contrastent avec les longs trajets routiers, les formalités frontalières répétées et les embouteillages chroniques qui ralentissent le transport. Le rail demeure inachevé ou absent dans plusieurs segments, tandis que les réseaux routiers souffrent de capacités limitées face à la demande croissante. C’est dans ce contexte qu’un service maritime régulier pourrait s’inscrire comme une solution complémentaire stratégique.
Pour les opérateurs économiques, ce mode de transport offre un double avantage. D’une part, il permet de contourner les aléas de la route — pannes, accidents, coûts de carburant — et, d’autre part, il facilite l’accès aux ports souvent mieux équipés pour le traitement du fret. Comme l’explique une représentante de la Fédération des Industries du Bénin : « Un corridor maritime fiable peut réduire les coûts logistiques et renforcer la compétitivité de nos produits sur les marchés régionaux et internationaux ». Cette perspective est accueillie avec optimisme par les exportateurs de produits agricoles et manufacturés, pour qui chaque heure gagnée se traduit par une meilleure valeur ajoutée.
Les promesses et les défis du modèle privé
L’implication du secteur privé est présentée comme un atout par les autorités ghanéennes, qui y voient une manière de réduire la pression financière sur l’État tout en accélérant la mise en œuvre du projet. En effet, la construction ou l’acquisition de navires, la mise en place d’un système de réservations, ainsi que l’intégration dans les dispositifs portuaires existants exigent des investissements lourds et une expertise spécialisée. « Nous sommes convaincus que ce partenariat public-privé permettra de lancer rapidement ce service sans alourdir les finances publiques », a affirmé Joseph Bukari Nikpe lors de la conférence de presse de lancement.
Cependant, cette approche soulève plusieurs questions. Quel cadre réglementaire régira cette coopération ? Comment garantir que les tarifs proposés resteront accessibles aux populations locales tout en assurant la viabilité économique des opérateurs privés ? Et surtout, comment assurer la sécurité maritime, tant pour les passagers que pour les biens transportés, dans une région où les normes et les contrôles varient d’un pays à l’autre ? Les discussions en cours abordent ces sujets, mais des décisions claires restent à formaliser avant l’entrée en service effective prévue au début de cette année.
Un levier pour l’intégration régionale
Au-delà de l’aspect logistique, ce service maritime pourrait avoir un impact politique et social important. En rapprochant physiquement les populations côtières et en facilitant les échanges commerciaux, il contribue à renforcer les liens entre les économies ouest-africaines. Pour les jeunes entrepreneurs ou les artisans, cela signifie une meilleure connectivité vers des marchés plus vastes sans dépendre exclusivement des infrastructures routières traditionnelles. Une telle interconnexion est d’autant plus pertinente à l’heure où la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) met l’accent sur l’harmonisation des politiques de transport et la réduction des barrières non tarifaires.
En résumé, le projet de liaison maritime côte à côte entre Accra, Lomé, Cotonou et Lagos repose sur des bases solides mais appelle à une concertation approfondie entre acteurs publics et privés, à des cadres réglementaires renforcés et à une vision partagée du développement régional. Si ces conditions sont réunies, ce service pourrait devenir un modèle d’intégration économique et de transport durable en Afrique de l’Ouest.
NALLA BACHIROU