Le 1ᵉʳ décembre 2025, les forces de sécurité gabonaises ont interpellé Pascal Ogowé Siffon alors qu’il quittait précipitamment Libreville par la route nationale. Il est immédiatement placé en résidence surveillée, une mesure rare, voire inédite pour un ministre en exercice.
Le ministre est suspecté d’avoir « plus de 10 milliards de francs CFA alloués au développement du tourisme », selon une source de la présidence gabonaise.
Ces financements provenaient de différentes sources : crédits publics, dividendes d’hôtels nationalisés ou réquisitionnés, et autres mécanismes d’investissement liés notamment au secteur pétrolier et gazier. Malgré ces ressources, très peu — voire aucun — des projets d’infrastructures touristiques annoncés n’ont vu le jour : ni lodges rénovés, ni hôtels remis à niveau, ni développement tangible des zones touristiques visées.
Au-delà de l’affaire : un symbole pour la lutte contre la corruption
Le cas du ministre interpellé n’est pas qu’un épisode judiciaire : il s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis plusieurs mois, la gouvernance gabonaise est secouée par des scandales financiers, des détournements constatés et des affaires anciennes que les nouvelles autorités entendent assainir.
Mettre un haut responsable en résidence surveillée — alors qu’il occupait un portefeuille sensible — constitue un signal fort : la « reconversion » politique ne garantit plus l’impunité. Pour les autorités, c’est une manière de restaurer la confiance, d’affirmer que la gestion de l’argent public sera désormais scrupuleusement examinée, quitte à toucher l’élite gouvernementale.
Mais pour l’opinion publique gabonaise — et pour les observateurs internationaux —, ce dossier pose aussi la question des promesses non tenues. Sous la direction du ministre présumé coupable, le secteur touristique était présenté comme l’un des piliers de la relance économique. Des ambitions fortes avaient été affichées : valorisation de sites naturels, modernisation des infrastructures hôtelières, développement écologique par des lodges et des hébergements responsables. Or, les résultats concrets font défaut. Dès lors, l’affaire ne touche pas seulement Siffon, mais fragilise la stratégie globale de relance — et met en lumière les faiblesses structurelles d’un État à la recherche de crédibilité.
Risques politiques et enjeux à venir
L’arrestation de Siffon crée un problème de crédibilité pour le pouvoir gabonais. Car beaucoup avaient fondé leurs espoirs sur des annonces ambitieuses pour le tourisme, un domaine souvent perçu comme porteur d’emplois et de rayonnement international. L’affaire pourrait également provoquer des effets domino. D’autres responsables, technocrates ou issus de l’ancien régime, pourraient être fragilisés.
Pour les investisseurs étrangers ou les partenaires de coopération, le scandale pourrait refroidir les engagements — d’autant que le tourisme en Afrique centrale est déjà soumis à des défis sérieux (infrastructures, image, gouvernance). Le ministre placé en résidence surveillée est, toutefois, présumé innocent, même si le dossier — fonds mal justifiés, absence de réalisations, tentatives de fuite présumées — semble solide.
Ce que l’affaire révèle sur l’État gabonais
Le cas Siffon met en lumière des dysfonctionnements persistants dans la gestion publique : opacité, manque de transparence, absence de résultats malgré des budgets importants. Il montre aussi l’écart — probablement plus systémique qu’anecdotique — entre les promesses des autorités et la réalité sur le terrain.
Mais surtout, l’affaire illustre une fracture : entre une élite politique souvent protégée et des citoyens qui attendent des services concrets, de la bonne gouvernance, des infrastructures réelles.
CHARLES MIHINDOU