Casablanca, la capitale économique du Maroc, attire depuis quelques années un nombre croissant d’entrepreneurs venus d’Afrique subsaharienne. La métropole, longtemps tournée vers l’Europe et le Moyen-Orient, s’impose désormais comme un carrefour stratégique africain. Derrière cette dynamique se dessinent à la fois de réelles opportunités économiques et des défis persistants liés à l’intégration sociale.
Cette transformation repose sur plusieurs évolutions majeures : assouplissement des politiques de visa, mise en place de dispositifs d’accompagnement dédiés et mesures fiscales incitatives. La création de Casablanca Finance City (CFC), plateforme destinée à positionner la ville comme hub régional, a joué un rôle décisif. « Casablanca Finance City a permis de créer un véritable guichet unique facilitant l’accès au permis de travail et au titre de séjour, deux obstacles majeurs que les entrepreneurs étrangers rencontraient auparavant », souligne Amina El Yacoubi, experte en développement économique.
Une jeunesse africaine qui choisit le continent
Cette ouverture attire particulièrement une nouvelle génération de jeunes diplômés et porteurs de projets, désireux de réussir en Afrique plutôt que de tenter l’aventure européenne. Start-up technologiques, initiatives dans les services ou projets sociaux : les incubateurs locaux et fonds d’investissement offrent un terrain d’expérimentation crédible.
« Nous constatons une montée en puissance des start-ups subsahariennes à Casablanca, qui bénéficient d’un accompagnement concret et d’un écosystème favorable », affirme Leila Diop, entrepreneure sénégalaise installée depuis quelques mois.
Ce dynamisme contribue à renforcer le rôle du Maroc comme hub régional, en particulier dans les secteurs innovants tels que la fintech, les énergies renouvelables ou l’économie numérique. Pour de nombreux observateurs, Casablanca est en passe de devenir un véritable laboratoire du panafricanisme économique.
Les fractures derrière la vitrine
Mais cette success story ne doit pas occulter les difficultés rencontrées par certains. De nombreux témoignages font état de discriminations persistantes, de contrôles policiers ciblés et de violences symboliques qui freinent, au quotidien, l’intégration sociale des entrepreneurs.
Mamadou, un Ivoirien à la tête d’une structure florissante dans les services, confie son désarroi : « Même avec un business qui marche, je subis des vexations au quotidien. Le racisme reste une barrière invisible mais bien réelle. »
Plusieurs enquêtes menées par des associations locales confirment cette réalité : les progrès économiques ne suffisent pas toujours à gommer les préjugés et les tensions identitaires. Le risque est de voir se développer une fracture entre un discours officiel vantant l’ouverture et une expérience de terrain plus contrastée.
Un équilibre encore fragile
Pour Faouzi Lakjaa, spécialiste des migrations, l’enjeu est désormais clair : « Il ne faut pas sous-estimer les progrès réalisés dans l’intégration économique, mais le combat contre le racisme institutionnel doit s’intensifier. Sans cela, le modèle marocain restera incomplet. » Cette ambivalence illustre les contradictions d’un Maroc contemporain à la fois moteur économique du continent et société traversée par des tensions identitaires. Casablanca incarne ce paradoxe : vitrine d’une Afrique qui se veut ambitieuse, mais aussi miroir des défis liés au vivre-ensemble.
Une ville au cœur des espoirs africains
L’avenir du tissu entrepreneurial subsaharien dépendra de la capacité de la métropole à conjuguer ouverture économique et égalité de traitement. Si Casablanca parvient à bâtir un modèle inclusif, la ville pourrait s’imposer comme la capitale d’une nouvelle génération d’entrepreneurs africains, décidés à écrire leur avenir sur le continent.