L’annonce avait déjà été faite à la commémoration du 80ᵉ anniversaire du massacre de Thiaroye le 1ᵉʳ décembre 2024 à Dakar. Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, l’a réaffirmé au 81e anniversation de cet événement dramatique : un mémorial dédié aux tirailleurs sénégalais sera érigé dans la capitale. En signe de reconnaissance officielle de leur rôle historique et de leur souffrance.
Les tirailleurs sénégalais, enrôlés pour combattre au service de l’armée française pendant les deux guerres mondiales et d’autres conflits coloniaux, ont longtemps été absents des récits nationaux et internationaux. Leur contribution a souvent été réduite à des déclarations symboliques ou à des plaques commémoratives, sans reconnaissance institutionnelle forte ou espace mémoriel significatif dans leur pays d’origine. Le projet de monument à Dakar vise à combler ce vide historique.
Dans son discours, le président Faye a souligné que ce mémorial ne sera pas simplement une œuvre monumentale, mais un lieu de mémoire et d’éducation, avec un centre de documentation et de recherche associé pour préserver la mémoire des tirailleurs et éclairer les jeunes générations sur leur histoire. Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation historique et de valorisation de figures et d’événements longtemps relégués aux marges du récit national.
Bien que la date exacte d’inauguration n’ait pas encore été officiellement fixée, les autorités sénégalaises ont indiqué que ce monument devrait être inauguré autour des commémorations du massacre de Thiaroye, probablement en fin d’année ou au début de l’année suivante, en coordination avec d’autres événements mémoriels et éducatifs. On s’attend à ce que les travaux avancent en 2025–2026, avec une cérémonie qui réunira à Dakar des représentants politiques, des anciens combattants, des historiens et des membres de la société civile.
L’annonce de ce projet intervient dans un contexte de débat intense sur la mémoire coloniale et postcoloniale, tant au Sénégal qu’à l’international. Dans de nombreuses villes du pays, des rues et places ont été rebaptisées, témoignant d’un désir de réappropriation des espaces publics et de reconnaissance des acteurs locaux de l’histoire nationale. Ce chantier mémoriel s’inscrit dans une volonté d’affirmer une identité nationale affranchie des héritages coloniaux, tout en réinscrivant les tirailleurs sénégalais dans le récit collectif de la nation.
Sur le plan politique, la décision de construire un monument dédié aux tirailleurs sénégalais peut être lue comme une réponse aux aspirations de justice mémorielle et de reconnaissance des sacrifices consentis par ces combattants. Elle intervient à un moment où la construction d’une mémoire nationale inclusive est devenue une question essentielle des discours politiques, renforçant l’idée que la mémoire historique peut être un outil de cohésion sociale et de légitimation politique pour les gouvernants.
Pour les historiens et les acteurs de la société civile, ce mémorial ne doit pas être uniquement un symbole, mais un lieu vivant de recherche, d’enseignement et de commémoration, contribuant à une meilleure compréhension des liens complexes entre l’histoire coloniale, les contributions africaines aux guerres mondiales, et les dynamiques politiques contemporaines.
AÏSSATOU DIEDHIOU