Un expert dénonce des « maldonnes » et réclame la vérité
À l’approche des élections générales de 2026, l’audit du fichier électoral, censé renforcer la confiance dans le processus, devient lui-même sujet à polémique. Si le rapport préliminaire rendu le 5 août 2025 par les experts internationaux avait rassuré l’opinion en affirmant l’absence de doublons et la fiabilité des données de l’état civil, des voix discordantes s’élèvent aujourd’hui au sein du Comité de pilotage (COPIL).
Michel Alokpo, rapporteur du COPIL, est en première ligne. Dès la sélection des experts, il avait dénoncé de « graves irrégularités » : délais de candidature réduits de 30 à 10 jours, critères modifiés, dossiers incomplets validés. « Je n’accuse personne. J’ai juste fait des remarques sur le processus en cours et j’ai demandé que la vérité soit dite », affirmait-il déjà en mai. Ses doutes n’ont fait que s’amplifier à la lecture — ou plutôt à l’absence de lecture — du rapport final.
Selon lui, la version définitive, présentée oralement entre l’ANIP, les experts et le président du COPIL, Jean-Baptiste Elias, comporte des contradictions avec le rapport préliminaire. Le point le plus sensible concerne les décès inscrits : « L’ANIP a relevé des maldonnes sur la question des décès », soutient Alokpo, qui regrette que ce document final n’ait jamais été remis par écrit aux autres membres. « C’est de la dictature. Je ne trouve pas ça normal », s’est-il indigné.
Face à ces accusations, Jean-Baptiste Elias défend la régularité de la procédure. Sur ESAE TV, il a minimisé les critiques, affirmant que Michel Alokpo ne disposait pas des qualifications requises pour évaluer les candidatures des experts. Il a aussi rejeté toute idée de « short-list» préparée à l’avance, assurant que le processus avait suivi les critères établis.
Au-delà de ce bras de fer, l’audit reste crucial. L’opposition avait déjà dénoncé la présence de centaines de milliers de personnes décédées sur la liste, tandis que la société civile réclame une transparence totale. Le budget alloué — près de 159 millions de FCFA — souligne l’importance politique et financière de l’opération.
Les experts recommandent de clarifier et de simplifier le cadre juridique, d’adapter la date de référence pour permettre aux Béninois en âge de voter de le faire et de garantir l’indépendance de l’ANIP. Mais tant que le rapport définitif ne sera pas rendu public dans sa version écrite, les doutes persisteront.
« Le peuple béninois a besoin d’actes clairs, pas de demi-vérités », conclut Michel Alokpo, qui en appelle à la responsabilité du COPIL. À quelques mois de la présidentielle, l’audit, censé consolider la démocratie, risque d’attiser la défiance.