Bénin: à nouveau une Assemblée nationale monocolore

Les élections législatives béninoises du 11 janvier 2026 ont livré leurs résultats provisoires ce 17 janvier sous l’égide de la Commission électorale nationale autonome (CENA), dessinant une Assemblée nationale homogène et marquant un tournant politique significatif pour le pays. Selon les chiffres publiés par la CENA, seuls deux partis politiques — l’Union progressiste Le Renouveau (UPR) et le Bloc républicain (BR) — ont franchi le seuil légal requis de 20 % des suffrages valablement exprimés dans chaque circonscription. Ce qui les rend seuls éligibles pour la répartition des 109 sièges du Parlement.

Dans ce nouveau paysage parlementaire, l’UPR, pilier de la mouvance présidentielle, arrive en tête avec 60 sièges, tandis que le BR, également soutien du président Talon, obtient 49 sièges. Les autres formations politiques — notamment le principal parti d’opposition historique, Les Démocrates — n’ont pas atteint le seuil requis dans toutes les circonscriptions pour être représentées. Bien que ce parti ait recueilli un score non négligeable d’environ 16,14 % des voix au plan national, cela ne suffit pas à franchir le seuil d’éligibilité dans chacune des circonscriptions législatives, le privant de toute représentation parlementaire.

Le taux de participation officiel s’établit à 36,73 %, un chiffre relativement bas qui témoigne, selon certains analystes, d’un désintérêt croissant ou d’un scepticisme envers le processus électoral.  Cette faible mobilisation — inférieure à celle observée lors des précédentes consultations législatives — soulève des questions sur la légitimité politique de cette nouvelle Assemblée nationale, dans un contexte où une partie de la société civile appelle à une plus grande implication citoyenne dans les affaires publiques.

Ce scrutin suit une séquence d’élections successives marquées par des controverses et des tensions politiques. Lors des législatives de 2023, l’opposition avait réussi à faire son retour au Parlement en remportant 28 sièges, rompant une quasi-monopolisation du pouvoir par les partis pro-gouvernementaux.  Cependant, cette configuration n’a pas perduré, et le contexte politique de 2026 — marqué par une réforme du code électoral exigeant notamment un seuil de 20 % dans chaque circonscription pour être éligible — a remodelé en profondeur les équilibres.

Cette nouvelle Assemblée nationale est ainsi dominée exclusivement par les forces proches du pouvoir exécutif, privant ainsi l’hémicycle d’une opposition significative et réduisant mécaniquement la diversité politique. Ce phénomène n’est pas sans rappeler certaines critiques récurrentes émises par des observateurs nationaux et internationaux, affirmant que des réformes institutionnelles successives contribuent à renforcer la majorité présidentielle au détriment de la représentation pluraliste.

À l’aube de la 10ᵉ législature, cette configuration pose plusieurs défis. Premièrement, l’absence de contrepoids parlementaire risque de limiter la capacité de débat critique et de contrôle de l’action gouvernementale — une fonction essentielle dans toute démocratie. Deuxièmement, la concentration du pouvoir législatif entre deux formations affiliées à l’exécutif pourrait favoriser une accélération des réformes politiques et économiques, mais au prix d’un dialogue démocratique plus restreint. Enfin, la faible participation électorale appelle à une réflexion sur les mécanismes de mobilisation citoyenne et sur la confiance des électeurs envers le système politique.

La validation définitive des résultats par la Cour constitutionnelle devrait intervenir dans les jours qui viennent, selon le calendrier légal en vigueur, ouvrant la voie à l’installation officielle des députés élus et à l’élection du bureau de l’Assemblée nationale, prévue avant la rentrée parlementaire. Cette étape sera scrutée de près, tant par les acteurs politiques que par l’opinion publique, car elle donnera le ton de cette nouvelle période législative.

MARIUS DE DRAVO

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