Éducation : les pays africains aux meilleures universités en 2026

Longtemps présentée comme le parent pauvre de la mondialisation scientifique, l’Afrique rattrappe progressivement son retard dans l’enseignement supérieur et la recherche. Le dernier classement du cabinet spécialisé measuresHE, publié fin avril, dresse un constat prometteur, même si aucun État africain ne figure dans le Top 25, et que trois seulement dépassent la barre symbolique des 50 points sur 100.

En tête du classement africain, l’Afrique du Sud obtient un score global de 71,4 points et se hisse à la 28e place mondiale. Elle devance l’Égypte, 41e au niveau mondial avec 63 points, puis le Ghana, qui atteint 51,4 points et occupe le 63e rang. Mais, derrière ce trio, aucun autre pays africain ne franchit le seuil des 50 points.

Le classement « measuresHE Country 100 » repose sur une méthodologie particulièrement pointue. Vingt-cinq indicateurs sont agrégés autour de sept piliers : qualité de la recherche scientifique, réputation internationale, ouverture des travaux académiques, intégrité scientifique, investissement, intégration internationale et contribution aux objectifs de développement durable. Au-delà de la simple production universitaire, le rapport mesure donc la capacité des systèmes nationaux à produire de la connaissance, à attirer les talents et à transformer la recherche en innovation économique.

Le diagnostic qui se dégage est celui d’un continent à deux vitesses. D’un côté, quelques pôles universitaires relativement consolidés ; de l’autre, une majorité d’États confrontés à des systèmes d’enseignement supérieur sous-financés, fragilisés par l’instabilité politique ou incapables de retenir leurs chercheurs.

Le cas sud-africain illustre cette ambivalence. Le pays dispose d’universités reconnues à l’échelle internationale, comme University of Cape Town ou University of the Witwatersrand, héritières d’une longue tradition académique. Pretoria obtient ainsi des résultats remarquables en matière d’intégrité académique (99,9 points) et de durabilité. Mais même cette puissance scientifique continentale reste pénalisée par un niveau d’investissement jugé insuffisant au regard de sa population et par une intégration internationale encore limitée.

L’ascension de Égypte traduit quant à elle la stratégie volontariste menée par Le Caire depuis une décennie. Multiplication des universités technologiques, partenariats avec des établissements européens et asiatiques, montée en puissance des publications scientifiques : le pays cherche à s’imposer comme un hub régional du savoir au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mais là encore, la performance reste relative à l’échelle mondiale.

Plus surprenante apparaît la troisième place du Ghana, souvent considéré comme un modèle discret de stabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest. Le pays bénéficie depuis plusieurs années d’investissements soutenus dans l’enseignement supérieur et d’une forte coopération universitaire anglophone. Accra récolte aujourd’hui les fruits d’une politique moins spectaculaire que celle de certains voisins, mais plus constante.

En revanche, les contre-performances de géants démographiques comme le Nigeria ou le Kenya soulignent les fragilités structurelles des systèmes universitaires africains. Malgré une population étudiante en forte croissance et des centres de recherche dynamiques dans certains secteurs, ces pays restent handicapés par le sous-financement chronique, les grèves récurrentes, la fuite des cerveaux et l’insuffisance des infrastructures.

Le classement révèle aussi une fracture persistante entre l’Afrique et les grandes puissances académiques mondiales. Le Royaume-Uni domine le classement avec 92,9 points, devant les Pays-Bas, les États-Unis, la Suède et le Canada. Ces pays cumulent investissements massifs, attractivité internationale et liens étroits entre universités, innovation et industrie.

Au fond, l’étude de measuresHE met en lumière un paradoxe africain : jamais le continent n’a compté autant d’étudiants, d’universités et de jeunes diplômés, mais rarement l’écosystème scientifique n’a paru aussi éloigné des standards mondiaux. La massification de l’enseignement supérieur ne s’est pas encore traduite par une véritable puissance de recherche.

OUSMANE CAMARA

 

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