À première vue, rien ne prédestinait Olayinka Philippe à devenir une entrepreneure reconnue dans l’univers des cosmétiques. Juriste de formation, passionnée de gouvernance et de droits humains, la fondatrice de Brillance Skin Care a pourtant su transformer une suite d’expériences personnelles et professionnelles en une aventure entrepreneuriale portée par une conviction forte : sublimer la beauté des peaux noires sans les dénaturer.
Installée à Cotonou, cette cheffe d’entreprise au parcours atypique revendique aujourd’hui une vision bien plus large que celle d’une simple marque de cosmétiques. « Créer de la richesse et de l’emploi, c’est aussi participer au développement de son pays », affirme-t-elle.
Après un baccalauréat série DC, Olayinka Philippe obtient une maîtrise en sciences juridiques à l’université d’Abomey-Calavi. Animée par un intérêt marqué pour les questions de démocratie, de gouvernance et de gestion publique, elle poursuit son cursus à la Chaire UNESCO des droits de l’Homme et de la Démocratie, où elle décroche un DESS en Gouvernance et Démocratie.
Mais à la sortie de l’université, la jeune diplômée fait face aux réalités du marché de l’emploi béninois. Après plusieurs tentatives infructueuses pour intégrer la fonction publique, elle choisit finalement de se tourner vers l’entrepreneuriat. « Le yoruba aime monter son propre business et avancer à son rythme », explique-t-elle avec un sourire, évoquant cet héritage commercial profondément enraciné dans sa culture.
Elle crée alors Manam-Co Sarl, une société spécialisée dans la distribution de produits alimentaires. Une première expérience qui lui permettra de se familiariser avec les réalités du commerce avant de se lancer, en 2016, dans le secteur qui la passionne réellement : l’esthétique et les soins de beauté.
« J’aime tout ce qui touche à l’esthétique et à la beauté. Je suis passionnée par tout ce qui peut rendre la femme belle », confie-t-elle. Cette passion se transforme rapidement en vocation lorsqu’elle devient représentante d’une marque américaine de produits cosmétiques. Au fil des rencontres avec des clientes souvent désespérées par leurs problèmes de peau, elle prend conscience d’un vide sur le marché africain.
« Beaucoup de femmes ne savent pas quels produits correspondent à leur peau, ni comment les utiliser. Or, les marchés africains sont inondés de produits importés qui ne répondent pas toujours aux besoins spécifiques des peaux noires et métisses », souligne-t-elle.
Pour Olayinka Philippe, le constat est alarmant : de nombreux produits éclaircissants fragilisent dangereusement la peau et augmentent les risques sanitaires. Face à cette réalité, elle décide de créer Brillance Skin Care, une marque pensée pour les femmes africaines et les diasporas noires.
La jeune entreprise se donne alors une double mission : proposer des produits adaptés aux carnations noires et métisses, tout en accompagnant les clientes grâce à des conseils personnalisés. « Nos produits sont conçus pour sublimer la beauté noire », insiste-t-elle. Éclaircissement maîtrisé, réduction de l’hyperpigmentation, homogénéité du teint ou contrôle du sébum : la marque mise sur des soins accessibles et adaptés aux climats africains comme européens.
Mais développer une marque cosmétique depuis l’Afrique de l’Ouest n’est pas sans obstacles. Olayinka Philippe évoque notamment les difficultés logistiques et les limites des systèmes de paiement électroniques sur le continent. « La grande question est de savoir comment le client peut payer ses achats en toute sécurité et recevoir rapidement ses produits à moindre coût », explique-t-elle.
Pour contourner ces contraintes, Brillance Skin Care s’appuie progressivement sur des représentations dans plusieurs pays. Une stratégie qui demande patience et persévérance, deux qualités que l’entrepreneure considère indispensables dans les affaires.
Au cœur de son approche se trouve surtout l’écoute des clientes. « Les femmes ne disent pas toujours clairement ce qu’elles veulent. Il faut savoir décrypter leurs besoins », raconte-t-elle. Une proximité qui lui permet de fidéliser une clientèle majoritairement féminine et exigeante.
Inspirée par des figures comme Oprah Winfrey, ou encore par des entrepreneures africaines telles que Grace Amey-Obeng et Olubunmi Agbeni, Olayinka Philippe nourrit désormais des ambitions continentales.
Sans afficher d’ambitions politiques immédiates, elle rêve d’étendre Brillance Skin Care à toute l’Afrique, mais aussi à la diaspora noire d’Europe et d’Amérique. « Je préfère me concentrer sur mon entreprise et l’amener le plus loin possible sur le chemin de la réussite », affirme-t-elle.
Et à la jeunesse africaine, la femme d’affaires adresse un message empreint d’optimisme : «Oui, il est possible de rêver à une meilleure Afrique ; tout y est encore vierge et tout reste à y construire. »
NAËLLE BADAROUX