Après plus de dix ans à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), le Nigérian Akinwumi Adesina s’apprête à passer le relais. Reconnu pour son style flamboyant et surnommé le « banquier aux nœuds papillon », il laisse derrière lui une institution auréolée de succès. Sous son mandat, la BAD a conservé sa prestigieuse notation AAA auprès des agences internationales Standards & Poor’s, Moody’s et Fitch, et a même été élue « Meilleure institution financière multilatérale du monde » en 2021 par le magazine américain Global Finance. Une référence qui rend sa succession particulièrement stratégique.
ROCH NEPO
À moins de six mois de l’élection, cinq candidats principaux sont officiellement en lice. Parmi eux, le Béninois Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances depuis 2016, réputé pour sa rigueur et sa capacité à moderniser les finances publiques de son pays. Le Sénégalais Amadou Hott, ancien ministre de l’Économie et ex-vice-président de la BAD, mise sur son expérience interne. La Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) soutient le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, ancien gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le bloc régional de la SADC avait initialement adoubé le Zambien Samuel Munzele Maimbo, économiste à la Banque mondiale. Enfin, le Mauritanien Ousmane Kane, polytechnicien et ancien gouverneur de la Banque centrale de son pays, fait figure de vétéran, même si son soutien politique national reste jugé timide.
Deux outsiders complètent le tableau. Le Camerounais Albert Zeufack, directeur pays de la Banque mondiale pour la RDC, pourrait devenir le véritable joker de l’Afrique centrale si les négociations en cours se concrétisent. L’autre est l’ex-vice-présidente principale de la BAD, Bajabulile Swazi Tshabalala, soutenue par l’Afrique du Sud, qui a démissionné pour entrer dans la course. Sa candidature met directement en difficulté le consensus autour du Zambien Samuel Maimbo.
Dans ce jeu d’alliances et de rapports de force, les critères de sélection sont bien connus : un solide parcours académique, une maîtrise des problématiques de développement africain, une expérience dans la finance internationale, mais aussi un carnet d’adresses influent auprès des décideurs mondiaux. La caution officielle des gouvernements et blocs régionaux, ainsi que le poids géopolitique du pays d’origine, pèseront également lourd dans la balance.
À ce stade, les observateurs estiment que deux profils sortent du lot. Le premier est Ousmane Kane, technocrate chevronné au CV impressionnant, qui devra toutefois renforcer ses appuis nationaux. Le second est Romuald Wadagni, souvent présenté comme le « surdoué de la finance ». Fort du soutien affiché du président Patrice Talon, il apparaît comme un sérieux prétendant, même si ses chances dépendront de sa capacité à rallier les réseaux diplomatiques et les soutiens continentaux.
Si Wadagni venait à l’emporter, il deviendrait le plus jeune président de la BAD depuis quatre décennies. Une éventualité qui symboliserait le pari d’un leadership rajeuni et visionnaire, dans un contexte où le continent doit relever des défis immenses — changement climatique, industrialisation, transition énergétique, financement des infrastructures.
Au-delà des ambitions individuelles, la succession d’Adesina revêt une dimension cruciale : préserver le prestige et la crédibilité de la BAD tout en insufflant une nouvelle dynamique. Les prochains mois promettent des négociations intenses, des repositionnements stratégiques et, peut-être, quelques surprises. Mais une certitude demeure : celui qui succédera à Adesina devra être à la hauteur d’un héritage exigeant et d’attentes immenses pour l’avenir économique de l’Afrique.