Bénin : après le plébiscite pour Wadagni, enfin la décrispation politique ?

La victoire de Romuald Wadagni à la présidentielle du 12 avril ne devrait pas bouleverser l’équilibre électoral. Le vrai enjeu se jouera ailleurs : dans sa capacité à dire s’il entend prolonger, ou infléchir, la ligne dure de Patrice Talon sur les détenus et exilés politiques. À Cotonou, la question de Reckya Madougou, de Joël Aïvo et d’autres opposants condamnés par la justice, est devenue un marqueur central de la vie publique, bien au-delà des cercles militants.
Le futur chef de l’État hérite d’un dossier politiquement inflammable. Sous le second mandat de Patrice Talon, l’exécutif a assumé une conception restrictive du pluralisme, au nom de la stabilité institutionnelle et de la lutte contre la contestation. Cette stratégie a permis de verrouiller le jeu politique, mais elle a aussi laissé une cicatrice durable dans le paysage national. Les condamnations, les exils et les exclusions ont nourri le sentiment qu’une partie de l’opposition avait été sortie du champ démocratique plus qu’elle n’avait été battue dans les urnes.
Romuald Wadagni, technocrate devenu candidat du système, avance sur une ligne étroite. Son profil rassure les milieux économiques, tandis que son image d’homme de compromis alimente l’idée d’une transition apaisée. Plusieurs figures anciennement critiques du pouvoir, d’Éric Houndété à Guy Mitokpè, en passant par des personnalités comme Adrien Houngbédji ou Nicéphore Soglo, voient en lui un possible artisan de rassemblement. Mais ce crédit politique tient pour l’instant davantage à une attente qu’à des engagements précis.
Sur la question des détenus et des exilés, le silence ou la prudence valent position. Une amnistie, si elle venait à être envisagée, serait un geste fort. Elle signifierait que le nouveau pouvoir accepte de refermer une séquence de crispation ouverte depuis plusieurs années. Mais elle supposerait aussi une rupture symbolique avec l’héritage Talon, ce qui n’irait pas sans risques dans un système où la continuité est encore perçue comme une garantie de stabilité.

Le calcul de Wadagni est donc délicat. S’il se contente de gérer l’existant, il risque d’apparaître comme le gardien d’un ordre politique épuisé. S’il choisit la décrispation, il s’expose aux critiques de ceux qui confondent ouverture et faiblesse. Au Bénin, la question n’est plus seulement de savoir qui gouvernera après Talon, mais quel usage le nouveau pouvoir fera de sa victoire : consolider une fermeture ou rouvrir, prudemment, le champ politique.

MOUFTAOU BADAROU

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