ONU : « le commerce des esclaves est un grave crime contre l’humanité »

Le 25 mars 2026, l’Organisation des Nations unies a franchi un seuil symbolique et politique majeur. En adoptant à une très large majorité une résolution portée par le Ghana, l’Assemblée générale a consacré une qualification sans ambiguïté : la traite transatlantique et l’esclavage racialisé des Africains relèvent des « crimes les plus graves contre l’humanité ». Derrière la solennité des mots, c’est une bataille de longue haleine qui s’esquisse désormais autour d’un enjeu central, longtemps esquivé : celui des réparations.

La déclaration, soutenue avec force par le président ghanéen John Dramani Mahama, également à la tête de l’Union africaine, ne se limite pas à une reconnaissance mémorielle. Elle opère un glissement décisif : relier le passé colonial aux dynamiques économiques et sociales actuelles, ouvrant ainsi un terrain juridique et politique propice aux revendications réparatrices.

C’est précisément sur ce terrain que se cristallisent les tensions. Car si la reconnaissance du crime fait désormais consensus dans de nombreuses enceintes internationales, la question des réparations demeure profondément clivante. Les États africains et les diasporas afrodescendantes plaident depuis des décennies pour des mécanismes concrets : compensations financières, annulations de dettes, restitution de biens culturels, investissements ciblés dans l’éducation et les infrastructures. À l’inverse, plusieurs anciennes puissances coloniales redoutent un engrenage aux implications financières et politiques considérables, préférant privilégier des politiques de coopération ou de développement sans reconnaissance explicite de responsabilité.

La résolution adoptée le 25 mars 2026 ne tranche pas ce débat, mais elle en modifie profondément les termes. En qualifiant l’esclavage de crime contre l’humanité – une catégorie juridique imprescriptible en droit international – elle renforce l’argument selon lequel les réparations ne relèvent pas de la charité, mais d’une obligation morale, sinon juridique.

Un autre obstacle réside dans la définition même de ce que recouvrent les réparations. S’agit-il de compensations individuelles ou collectives ? Qui en seraient les bénéficiaires légitimes ? Comment évaluer le préjudice, tant matériel que symbolique, causé par des siècles d’exploitation et de déshumanisation ? Ces questions, loin d’être purement techniques, sont profondément politiques. Elles interrogent les fondements mêmes de l’ordre international et les rapports de pouvoir hérités de l’histoire coloniale.

Dans ce contexte, la résolution onusienne apparaît moins comme un aboutissement que comme un point de bascule. Elle confère une légitimité accrue aux revendications africaines et afrodescendantes, tout en plaçant les anciennes puissances esclavagistes face à leurs responsabilités historiques. Elle pourrait également encourager l’émergence de cadres multilatéraux de discussion sur les réparations, à l’image des commissions vérité et réconciliation mises en place dans certains contextes post-conflit.

Reste à savoir si cette avancée normative se traduira en engagements concrets. L’histoire des relations internationales regorge de déclarations ambitieuses restées lettre morte. Mais le fait que la question des réparations soit désormais posée au plus haut niveau, avec une telle clarté, marque une rupture. Comme l’a souligné John Dramani Mahama, il s’agit d’« ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice ». Encore faut-il que cette voie ne se referme pas sous le poids des intérêts divergents et des réticences politiques.

En définitive, la résolution du 25 mars 2026 ne règle rien, mais elle change tout : elle transforme une revendication longtemps marginalisée en enjeu central du débat international. Et pose une question désormais incontournable : comment réparer l’irréparable, sans se contenter de le reconnaître ?

MOUFTAOU BADAROU

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