Candidature de Macky Sall à l’ONU : un camouflet cinglant

Le revers est net, et politiquement lourd de sens. En refusant d’apporter son soutien à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, l’Union africaine a envoyé un signal clair : l’ancien chef d’État sénégalais ne fait pas consensus sur le continent. 

Ce refus n’est pas anodin. Dans la pratique diplomatique, une candidature africaine à une fonction internationale de cette envergure repose presque toujours sur un minimum d’unité continentale. Or, selon plusieurs sources concordantes, une majorité significative d’États membres s’est opposée à l’idée de porter officiellement cette candidature. Ce désaveu collectif fragilise considérablement les chances de l’ancien président, déjà confronté à une concurrence internationale structurée dans le cadre du processus de désignation onusien.

Mais au-delà du jeu diplomatique, ce rejet met en lumière une réalité plus politique : l’isolement croissant de Macky Sall sur son propre continent, et surtout dans son propre pays.

Car l’un des éléments déterminants de cet échec réside dans l’absence de soutien explicite des nouvelles autorités sénégalaises. Depuis l’alternance politique intervenue en 2024, le nouveau pouvoir à Dakar s’est engagé dans une dynamique de rupture, notamment en remettant en cause le bilan économique et la gestion de l’ancien régime. Des accusations de “dette cachée” et de malversations ont contribué à fragiliser l’image internationale de l’ex-président, réduisant sa capacité à fédérer au-delà de ses anciens réseaux.

Dans ce contexte, l’idée d’une candidature portée sans un soutien franc et inconditionnel de son État d’origine apparaissait déjà comme une anomalie diplomatique. En matière de gouvernance internationale, la légitimité d’un candidat repose autant sur son parcours que sur le soutien politique dont il bénéficie de la part de son Etat d’origine. Or, en l’absence d’un tel appui, la candidature de Macky Sall s’est retrouvée exposée, voire vulnérable, parce que peu crédible.

Le positionnement de certains États africains illustre également une recomposition des équilibres internes à l’Union africaine. Loin des logiques d’alignement automatique, plusieurs capitales ont privilégié une approche pragmatique, voire stratégique, en refusant d’endosser une candidature jugée clivante ou insuffisamment fédératrice.

Enfin, ce revers pose une question plus large : celle de la transition politique et du statut des anciens dirigeants africains sur la scène internationale. Longtemps, certains chefs d’État ont pu capitaliser sur leur expérience pour se repositionner dans des fonctions internationales. Mais cette trajectoire semble aujourd’hui conditionnée à un critère devenu central : la cohérence entre reconnaissance internationale et légitimité nationale.

En creux, l’épisode souligne ainsi une évolution notable : dans un contexte de renouvellement politique sur le continent, le soutien interne apparaît désormais comme un préalable incontournable à toute ambition internationale. En tentant d’exister diplomatiquement sans cet ancrage, Macky Sall a peut-être sous-estimé une règle devenue essentielle du jeu politique contemporain.

MOUFTAOU BADAROU

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