Les bombardements qui attristent le Moyen-Orient depuis le 28 février 2026 n’épargnent pas l’Afrique. Loin des théâtres d’opérations, le continent subit de plein fouet les répercussions économiques et sécuritaires d’un conflit qui menace les équilibres mondiaux. Hausse brutale des prix du pétrole, perturbation des routes maritimes, dépréciation monétaire : les économies africaines, déjà fragilisées par des années de crises, ploient sous le poids d’une « onde de choc » dont elles ne sont pas responsables.
La première conséquence est le portefeuille des Africains. Le baril de Brent a franchi les 100 dollars, un seuil qui renchérit mécaniquement les importations d’hydrocarbures pour la majorité des pays du continent, importateurs nets d’énergie. Transports, production industrielle, génération d’électricité : tous les coûts explosent, attisant une inflation galopante. Dans des nations sous assistance du FMI – Soudan, Gambie, Zimbabwe, République centrafricaine –, le pouvoir d’achat s’effondre, menaçant la cohésion sociale.
Ensuite, la vigueur du dollar, refuge des investisseurs fuyant l’incertitude, accélère la dégringolade des devises locales. Du naira nigérian au shilling kenyan, en passant par le cedi ghanéen, les monnaies perdent de la valeur, gonflant les factures d’importation. Les réserves de change s’épuisent, les déficits budgétaires s’alourdissent. Subventions aux carburants et aides sociales deviennent intenables, au Kenya comme au Ghana. L’Égypte, pôle régional, voit poindre des troubles, en écho aux soulèvements passés.
Le conflit perturbe par ailleurs les flux commerciaux. Le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement du pétrole du Golfe, et la mer Rouge, axe stratégique vers le canal de Suez, voient les navires se raréfier. Détours coûteux, primes d’assurance exorbitantes : les importations africaines s’allongent et se renchérissent. La Corne de l’Afrique paie le prix fort. Ports de Djibouti, Somalie, Soudan ou Érythrée s’asphyxient, amputant emplois et recettes douanières. L’Égypte, pivot logistique mondial, tremble pour ses équilibres macroéconomiques.Des producteurs avantagés, mais pour combien de temps ? Seuls les exportateurs pétroliers tirent un bénéfice relatif. Nigeria, Angola, Algérie, Libye : leurs recettes d’exportation s’envolent, dépassant les hypothèses budgétaires. Reste que l’inflation importée et les revendications populaires pourraient vite éroder ces gains. Pour les autres – plus de 90% des pays africains –, le bilan est sans appel : une facture énergétique insoutenable, sans contrepartie.
Au-delà de l’économie, le spectre géopolitique s’étend. L’Iran, via ses réseaux religieux et politiques, dispose de relais en Afrique. La confrontation avec Washington et Tel-Aviv exacerbe les rivalités par procuration, notamment en mer Rouge. L’Union africaine (UA) et la Cedeao sonnent l’alarme : risque d’« onde de choc humanitaire », de déplacements de populations, voire d’escalades locales au Soudan ou en Érythrée.
L’Afrique n’est pas actrice de ce drame, mais spectatrice contrainte. Choc pétrolier, instabilité financière, chaînes logistiques rompues : 2026 s’annonce comme une année de récession pour beaucoup. Crises alimentaires, endettement accru, troubles sociaux guettent. Les pays africains doivent accélérer la diversification énergétique – solaire, éolien, biomasse –, renforcer les corridors terrestres et parer aux ingérences étrangères. Sans sursaut collectif, le continent risque de devenir le grand perdant d’un conflit qui le dépasse. Une épreuve de plus pour une Afrique qui appelle de ses vœux une souveraineté économique enfin conquise.
MARIUS DE DRAVO