Si jeune et déjà si talentueuse. Naomi Nepo s’impose depuis quelques années comme une voix singulière du design béninois. De la communication multimédia à la sculpture sur bois, elle trace un parcours audacieux, porté par une ambition claire : faire du luxe “Made in Benin” une référence internationale. Rencontre avec une créatrice qui conjugue héritage, stratégie et vision panafricaine.
À première vue, rien ne prédestinait Naomi Nepo au travail du bois. Titulaire d’une licence en négociation et communication multimédia, elle ne vient ni d’un atelier, ni d’une lignée d’artisans. Pourtant, c’est dans cette matière brute, traditionnelle et profondément enracinée dans les savoir-faire locaux qu’elle a choisi d’inscrire son avenir. Une découverte presque fortuite, devenue conviction.
Le déclic naît d’un regard différent. Là où beaucoup voient un matériau ordinaire, elle perçoit un potentiel inexploité. Le bois, pour elle, peut dépasser l’artisanat utilitaire pour accéder au registre du haut de gamme. Cette intuition devient sa ligne directrice. Elle décide d’oser, de structurer une vision et de bâtir une marque : AtinCraft.
Sa participation au Festival international des arts du Bénin (FINAB) marque un tournant stratégique. Plus qu’une exposition, l’événement représente une plateforme de visibilité, de rencontres et de projection. Naomi Nepo est à l’intersection arts traditionnels et contemporains. Elle travaille une matière ancestrale, mais avec une approche résolument moderne. Le geste est enraciné ; la vision, elle, est tournée vers l’international.
Sa génération est souvent qualifiée de “2.0”. Elle préfère parler de complémentarité. À ses yeux, l’innovation ne rompt pas avec l’héritage : elle le prolonge. Selon une sagesse béninoise bien connue, c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tresse la nouvelle. Le travail de Naomi Nepo illustre cette continuité assumée. Le savoir-faire local constitue le socle ; le design, le positionnement stratégique et la projection de marque en sont les extensions contemporaines.
Car Naomi Nepo ne crée pas seulement des objets. Elle construit un récit. Sa formation en communication lui confère un avantage déterminant : celui de comprendre les mécanismes de visibilité, d’image et de narration. Les réseaux sociaux deviennent ainsi des leviers d’expansion. Chaque pièce raconte une histoire, chaque collection participe à l’affirmation d’AtinCraft comme future marque panafricaine ambitieuse.
Dans un univers encore largement dominé par les hommes, sa présence revêt également une portée symbolique. Être une jeune femme dans le secteur du bois n’est pas anodin. Son simple positionnement constitue déjà une prise de parole. Sans revendiquer un discours militant frontal, elle incarne une évolution du paysage artistique béninois, où le regard féminin gagne en visibilité et en légitimité.
Son engagement est aussi économique et culturel. À travers AtinCraft, elle défend l’idée que le luxe peut naître au Bénin. Elle valorise les artisans locaux, met en lumière des compétences souvent sous-estimées et ambitionne d’inscrire ce savoir-faire sur la scène internationale. L’enjeu dépasse la création individuelle : il s’agit de contribuer à repositionner l’image du “Made in Benin” dans l’imaginaire collectif.
L’étape du FINAB s’inscrit donc dans une trajectoire pensée comme un investissement. Structuration de la marque, développement de collections exclusives, ouverture vers de nouveaux marchés : la feuille de route est claire. Naomi Nepo ne dissimule pas son ambition. Elle veut faire du Bénin une référence mondiale dans l’art de la table.
Dans cette dynamique, le bois cesse d’être un simple matériau. Il devient manifeste. Celui d’une jeunesse créative qui refuse l’assignation, d’une entrepreneure qui conjugue stratégie et esthétique, et d’une artiste qui entend prouver qu’ici aussi, l’excellence peut s’imposer comme signature.
BACHIROU NALLA