Devant ses pairs réunis pour la 39ᵉ session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine à Addis-Abeba les 14 et 15 février derniers, João Lourenço, président de la République d’Angola et président sortant de l’organisation panafricaine, a prononcé un discours à la tonalité grave, centré sur l’un des défis politiques majeurs du continent : la remise en cause persistante de l’ordre constitutionnel.
Sans détour, le chef de l’État angolais a dénoncé les changements anticonstitutionnels de gouvernement qui sont, selon lui, de plus en plus souvent « légitimés » a posteriori par des processus électoraux organisés dans des contextes institutionnels fragilisés. Pour João Lourenço, ces élections ne sauraient être considérées comme un retour authentique à la normalité constitutionnelle. « Le simple fait d’organiser un scrutin ne suffit pas à effacer l’illégalité originelle de la prise du pouvoir », a-t-il insisté, mettant en garde contre la banalisation dangereuse des ruptures démocratiques.
Cette prise de position intervient alors que plusieurs pays africains ont, ces dernières années, été confrontés à des coups d’État militaires suivis de transitions politiques rapides, souvent entérinées par des élections controversées. Une dynamique que le président sortant de l’Union africaine juge préoccupante, car elle affaiblit, selon lui, les fondements mêmes de l’État de droit et érode la crédibilité des institutions continentales chargées de promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance.
En réaffirmant l’opposition ferme de l’Union africaine à toute forme de « blanchiment » des coups d’État, João Lourenço a rappelé les principes cardinaux inscrits dans les textes fondateurs de l’organisation : respect de l’ordre constitutionnel, condamnation des prises de pouvoir par la force et défense de la souveraineté populaire. Il a appelé les États membres à faire preuve de cohérence et de rigueur dans l’application de ces normes, estimant que toute complaisance risquerait d’encourager de nouvelles dérives.
Au-delà du constat, le président angolais a plaidé pour un renforcement des mécanismes africains de prévention et de gestion des crises politiques. À ses yeux, seule une réponse collective, ferme et crédible permettra de préserver la stabilité institutionnelle du continent et de restaurer la confiance des citoyens dans les processus démocratiques. Prononcé à Addis-Abeba, ce discours de fin de mandat résonne comme un avertissement : l’avenir démocratique de l’Afrique ne saurait se construire sur des compromis avec l’illégalité, mais sur le respect strict des règles constitutionnelles et de la volonté populaire.
CHARTRIN ONDAMBA