Musique : Elida Almeida, digne héritière de Cesaria Evora

La musique capverdienne s’illumine à nouveau avec l’arrivée du nouvel album « Spedju » d’Élida Almeida, jeune chanteuse promise à un avenir radieux et souvent considérée comme l’héritière spirituelle de Cesária Évora, la légendaire « Diva aux pieds nus ». Ce projet marque un tournant dans son parcours, mêlant traditions et modernité, et révèle la richesse du funaná, rythme entraînant et populaire de l’archipel.

Le funaná, jusqu’alors souvent cantonné aux villages de Santiago et à la scène locale, gagne aujourd’hui une reconnaissance internationale grâce à l’audace et au talent d’Élida Almeida. Car ce style musical, caractérisé par le jeu énergique de l’accordéon et le rythme frénétique de la ferrinho (instrument de percussion typique), porte en lui l’âme de l’histoire capverdienne : une fusion entre influences africaines et portugaises, reflet de la culture insulaire métissée. Élida, à seulement 30 ans, réussit à moderniser ce style ancestral tout en préservant son authenticité.

« Spedju », mot signifiant « accélération » en créole capverdien, est un véritable hommage à la vitalité et à la créativité de la jeunesse capverdienne. L’album oscille entre morceaux dansants et ballades introspectives, où sa voix chaude et profonde s’impose avec une maturité surprenante. Dès les premières notes, on retrouve l’intensité émotionnelle qui rappelle Cesária Évora, cette capacité à transmettre des histoires de nostalgie, d’amour et de luttes quotidiennes de la vie. Mais Élida apporte sa touche personnelle : des arrangements plus modernes, une instrumentation enrichie et des textes en créole, portugais et anglais qui parlent aussi bien aux Capverdiens qu’au public international.

Plusieurs titres de « Spedju » illustrent parfaitement cette dualité entre tradition et innovation. Dans des morceaux comme Funalé ou Nô Consciênsa, les rythmes du funaná s’imbriquent avec des sonorités contemporaines, offrant une énergie irrésistible qui incite à danser. Dans d’autres, plus calmes, comme Lus d’Amor, Élida explore la mélancolie et la profondeur des sentiments, rappelant les ballades intemporelles de Cesária Évora, tout en affirmant sa propre identité artistique.

Le travail d’Élida Almeida ne se limite pas à la scène musicale. Elle incarne également une fierté culturelle pour le Cap-Vert et contribue à la diffusion de sa culture à l’international. À travers ses tournées et collaborations, elle participe à la valorisation du funaná, qui, grâce à elle, s’exporte désormais des rues de Praia aux salles de concert d’Europe et d’Amérique. Ses performances live témoignent de son charisme : elle captive le public par son énergie, sa présence scénique et la sincérité de ses émotions.

En choisissant le funaná comme vecteur de son expression, Élida Almeida réinvente une tradition et la fait vibrer au rythme d’aujourd’hui. Avec « Spedju », elle confirme que la musique capverdienne est loin d’être figée dans le passé : elle est vivante, innovante et capable de séduire de nouveaux publics, tout en restant profondément attachée à ses racines. Ce mélange subtil de respect pour la tradition et de modernité créative fait d’Élida Almeida une figure majeure de la musique mondiale et une digne héritière de Cesária Évora. Son album est un voyage sonore qui invite à danser, à réfléchir et à découvrir la beauté des îles du Cap-Vert, à travers une voix qui ne cesse de s’imposer aux mélomanes africains.

MARIUS DE DRAVO

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