Quand la cryptomonnaie déferle sur l’Afrique

Les cryptomonnaies connaissent une progression spectaculaire en Afrique, portée par une population jeune, très connectée au mobile, et confrontée à des systèmes bancaires souvent insuffisants. Dans de nombreux pays, la hausse des prix et la difficulté d’accéder aux services financiers classiques poussent de plus en plus d’utilisateurs vers ces nouveaux outils numériques. Ce phénomène crée à la fois des opportunités importantes et des risques réels.

L’Afrique subsaharienne apparaît aujourd’hui comme l’une des régions les plus dynamiques. En 2025, les transactions en cryptomonnaies y ont atteint environ 205 milliards de dollars, soit une hausse de plus de 50 % en un an. Le Nigeria domine largement, suivi par l’Afrique du Sud et le Kenya. Les stablecoins, comme l’USDT ou l’USDC, représentent près de la moitié des échanges. Ils sont utilisés pour payer des importations, recevoir des revenus de freelancing ou envoyer de l’argent à la famille. Dans certains pays, près d’un habitant sur dix pratique le trading crypto via son téléphone, alors qu’une grande partie de la population reste non bancarisée. L’essor du mobile money dans des pays comme le Ghana ou l’Éthiopie facilite encore cette adoption.

Plusieurs avantages expliquent cet engouement. D’abord, les cryptomonnaies offrent un accès financier à des personnes exclues du système bancaire. Il suffit d’un smartphone et d’une connexion internet pour créer un portefeuille numérique. Des commerçants peuvent ainsi importer des marchandises sans subir des frais bancaires très élevés. Ensuite, les cryptos servent souvent de protection contre l’inflation. Dans des pays où la monnaie perd rapidement de la valeur, conserver des économies en bitcoin ou en stablecoins apparaît comme une solution de protection. Les transferts d’argent de la diaspora constituent un autre atout majeur : envoyer de l’argent devient rapide et peu coûteux, alors que les services traditionnels restent chers. Pour les freelances et les entrepreneurs, les paiements internationaux arrivent en quelques minutes au lieu de plusieurs jours. Enfin, l’écosystème favorise l’innovation et la création d’entreprises dans la fintech, soutenues par une population très jeune et ouverte aux nouvelles technologies.

Cependant, les risques sont importants. La volatilité des cryptomonnaies peut entraîner des pertes rapides et importantes, surtout pour les débutants. Les arnaques, systèmes pyramidaux et fraudes sont fréquents et touchent de nombreux utilisateurs peu informés. Le manque de régulation reste un problème majeur : dans certains pays, les autorités hésitent entre interdiction et encadrement, ce qui crée de l’incertitude et peu de protection pour les utilisateurs. L’éducation financière et numérique demeure insuffisante, ce qui expose les nouveaux venus aux erreurs techniques, aux piratages ou à la perte de leurs fonds. Par ailleurs, l’activité de minage consomme beaucoup d’électricité, ce qui peut accentuer les difficultés énergétiques déjà présentes. Enfin, une fracture numérique persiste : les populations urbaines profitent davantage de ces innovations que les zones rurales.

À l’avenir, les cryptomonnaies pourraient continuer à répondre à des besoins réels liés aux faiblesses du système financier traditionnel. Mais leur développement durable dépendra d’un meilleur encadrement, d’une éducation accrue et de règles claires pour limiter les abus. L’Afrique possède un potentiel important dans ce domaine, mais la prudence reste indispensable pour que les bénéfices l’emportent sur les risques.

BACHIROU NALLA

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