Élections générales au Bénin: pouvoir et opposition à armes inégales

Le Bénin s’engage dans une nouvelle séquence électorale marquée par l’organisation dans la même année des élections législatives, locales et présidentielle. Ce choix, présenté par les autorités comme un moyen de renforcer la stabilité politique et de mieux organiser les institutions, intervient cependant dans un climat politique déséquilibré, où le pouvoir et l’opposition ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre.

À l’Assemblée nationale, la majorité présidentielle conserve une position largement dominante. Sur 109 députés, 81 appartiennent aux partis proches du pouvoir, contre 28 pour Les Démocrates, principal parti d’opposition. Cette situation limite la capacité du Parlement à jouer pleinement son rôle de contrôle et alimente les critiques sur le manque de pluralisme politique.

La participation des partis d’opposition aux différents scrutins est inégale. Les Démocrates ne participent qu’aux élections législatives, leurs candidatures à la présidentielle et aux élections locales ayant été rejetées. À l’inverse, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), considérées comme une opposition modérée, sont présentes à l’ensemble des élections. Cette différence de traitement alimente un débat persistant sur l’ouverture réelle du jeu politique.

La réforme du code électoral adoptée en 2024 a renforcé les conditions de participation aux élections. Pour obtenir des députés, un parti doit désormais recueillir au moins 20 % des voix dans chacune des 24 circonscriptions du pays, quel que soit son score national. Ce seuil est abaissé à 10 % pour les partis ayant formé des coalitions avant le scrutin. Tous ont fait ce choix, sauf Les Démocrates. Officiellement, ces règles visent à mieux structurer le paysage politique. En pratique, elles rendent l’accès au Parlement plus difficile pour les partis d’opposition.

L’enjeu principal de ces élections législatives est donc la présence ou non de l’opposition dans la prochaine Assemblée nationale. Le souvenir des élections de 2019, organisées sans les principaux partis d’opposition et ayant conduit à un Parlement dominé par un seul camp, reste présent dans les esprits. Pour Les Démocrates, qui avaient retrouvé des sièges en 2023, ce scrutin est décisif pour éviter un nouveau recul politique.

Au-delà des résultats, le niveau de participation des électeurs sera un indicateur important. Il permettra de mesurer l’impact des réformes politiques sur l’intérêt des citoyens pour la vie publique. Une faible participation pourrait traduire un désintérêt ou une lassitude, tandis qu’une forte mobilisation renforcerait la légitimité du processus électoral.

Enfin, ces élections se déroulent dans un cadre institutionnel modifié. Les députés sont désormais élus pour un mandat de sept ans, contre cinq auparavant, et sans limitation du nombre de mandats. Ce changement renforce l’importance des législatives et le poids politique de la majorité qui en sortira.

Dans ce contexte, les élections générales de 2026 apparaissent comme un moment clé pour l’avenir politique du pays. Elles permettront d’évaluer si les réformes ont permis de renforcer la stabilité tout en préservant le pluralisme, ou si elles ont accentué les déséquilibres entre le pouvoir et l’opposition.

BACHIROU NALLA

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