Le 7 décembre 2025, le Bénin a connu une tentative de coup d’État militaire, un événement rare dans l’histoire politique de ce pays d’Afrique de l’Ouest longtemps considéré comme un modèle de stabilité démocratique. Aux premières heures de la matinée, un groupe de militaires est apparu sur les ondes de la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon et la suspension de la Constitution. Quelques heures plus tard, les autorités ont affirmé que l’ordre avait été rétabli et que la tentative de putsch avait été mise en échec.
Dès le lendemain et tout au long de la semaine qui a suivi, les autorités béninoises ont engagé une pression judiciaire et sécuritaire importante pour identifier, interpeller et mettre en cause les personnes suspectées d’avoir participé à ce putsch avorté ou d’y avoir apporté un soutien direct ou indirect.
Arrestations militaires : une trentaine de personnes incarcérées
Les premières arrestations ont visé des éléments directement liés à l’action armée du 7 décembre. Selon plusieurs sources, une trentaine de personnes, principalement des militaires, ont été placées en détention provisoire pour leur rôle présumé dans la mutinerie. Ces hommes sont soupçonnés de trahison, atteinte à la sûreté de l’État et participation à un complot contre l’autorité de l’État.
Les arrestations ont inclus des soldats actifs ainsi que d’anciens membres des forces, certains identifiés parmi les mutins qui avaient pris d’assaut des installations militaires ou tenté de diffuser leur message sur les médias d’État. L’opération judiciaire a été conduite par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), une juridiction spéciale béninoise compétente pour les affaires de sécurité nationale.
Figures politiques et opposition ciblées
Au-delà du volet militaire, l’enquête et les arrestations ont rapidement dépassé le cadre strictement sécuritaire pour toucher des personnalités politiques et des acteurs civils. Parmi eux figure Candide Azannaï, président du parti d’opposition Restaurer l’Espoir (RE), ancien ministre de la Défense et figure connue du paysage politique béninois. Arrêté le 12 décembre devant le siège de son parti à Cotonou, Azannaï fait l’objet de poursuites pour conspiration contre l’autorité de l’État, incitation à la rébellion et autres chefs liés à la sécurité nationale dans le contexte de la crise post-putsch. Après plusieurs jours de garde à vue, il a été présenté devant la CRIET et placé sous mandat de dépôt, en attendant la suite de la procédure judiciaire.
Cette arrestation a été interprétée par certains observateurs comme un signe d’un élargissement de la répression politique : plusieurs acteurs de l’opposition, ou simplement critiques du pouvoir en place, se sont retrouvés dans le viseur de la justice béninoise au lendemain de l’échec du putsch.
Une autre arrestation marquante est celle de Chabi Yayi, fils de l’ancien président béninois Thomas Boni Yayi et personnalité politique elle-même. Il a été interpellé par les forces de sécurité tôt un dimanche, puis relâché.
Mandats internationaux et figures médiatiques recherchées
La CRIET a également émis des mandats d’arrêt internationaux contre des figures activistes ou influentes soupçonnées d’avoir soutenu la tentative de coup par leurs prises de position publiques. C’est le cas notamment de Kemi Seba, un activiste panafricaniste très présent sur les réseaux sociaux, qui a été visé pour incitation, soutien à la rébellion et apologie d’actes anticonstitutionnels. Bien que hors du territoire béninois au moment des faits, ces mandats visent à étendre la portée de l’enquête et à empêcher un retour libre dans le pays de personnes perçues comme dangereux pour la sécurité nationale.
Réactions et contexte politique
Le contexte de ces arrestations est marqué par une forte tension politique au Bénin. Alors que le pays s’apprête à organiser une élection présidentielle en 2026, ce remue-ménage sécuritaire et judiciaire a ravivé les débats sur l’état des libertés publiques, l’usage de la justice comme outil politique, et les fractures existantes entre le pouvoir en place et une partie de l’opposition.
Le président Patrice Talon, qui assumera dans quelques mois la transition vers un nouveau mandat ou un successeur, a tenté de minimiser la portée de la tentative de prise de pouvoir, la qualifiant d’« incident » impliquant un petit groupe d’individus plutôt que d’un mouvement insurrectionnel à grande échelle. Cette qualification a suscité des critiques, certains analystes estimant qu’elle pourrait servir à légitimer une répression plus large contre les voix dissidentes.
Enjeux sécuritaires et sociaux
Les autorités mettent en avant la nécessité de garantir la sécurité nationale et de prévenir toute nouvelle action qui pourrait déstabiliser le pays. La découverte d’armes abandonnées dans différents quartiers de Cotonou après les événements a alimenté ces justifications sécuritaires.
Parallèlement, dans la population béninoise, des mouvements citoyens se sont manifestés, certains exprimant leur soutien à l’ordre constitutionnel et à la paix, tandis que d’autres dénoncent ce qu’ils considèrent comme un renforcement de l’autoritarisme sous couvert de lutte contre la sédition.
NALLA BACHIROU