Le coup d’État avorté du 7 décembre dernier au Bénin nous apprend trois enseignements majeurs.
D’abord la primauté de l’engagement des forces nationales fidèles à l’ordre constitutionnel. En restant “républicaines”, elles ont empêché que la tentative de prise de pouvoir par la force ne dégénère en un basculement durable. Le ministre béninois de l’Intérieur l’a dit : » l’armée a maintenu le contrôle”. C’est un signal fort pour le Bénin, c’est la preuve que même face à la montée de l’instabilité en Afrique de l’Ouest, l’armée peut choisir la voie de la légitimité plutôt que celle du pouvoir personnel. Ce réflexe républicain est un actif précieux pour la stabilité du pays.
L’importance de la solidarité régionale et internationale
L’intervention rapide de la CEDEAO, via le déploiement de sa force en attente, montre qu’une riposte collective à une menace anticonstitutionnelle reste possible et efficace. Le soutien militaire direct du Nigeria, combiné à l’appui logistique et de renseignement de la France, a permis d’agir vite et de neutraliser la mutinerie avant qu’elle ne prenne de l’ampleur. Cette dynamique coordonnée atteste que, malgré des années de critiques et de recul diplomatique, les alliances ouest-africaines — renforcées par des partenaires extérieurs — peuvent encore jouer un rôle stabilisateur face aux coups de force. C’est un message important : la défense de la démocratie passe aussi par la coopération régionale.
La fragilité persistante — une sonnette d’alarme pour la démocratie
Pour autant, cette tentative de putsch montre que le Bénin, longtemps considéré comme un bastion de stabilité, n’est pas à l’abri. Le contexte — à quelques mois d’une élection présidentielle, des inquiétudes sécuritaires dans le nord du pays, sur fond de tensions politiques exacerbées par les derniers soubresauts inhérents à la précampagne — constitue un terreau favorable aux ambitions antidémocratiques.
De plus, l’annonce soudaine du renversement, faite à la télévision d’État, pose la question de la cohésion de la hiérarchie militaire, de la “fidélité républicaine” et des risques de récidive. L’arrestation de certains mutins est une première réponse, mais il faudra aller plus loin : transparence sur l’enquête, revisitation des dernières réformes institutionnelles, consolidation des garanties démocratiques. Sinon, le pays pourrait rester vulnérable.
Vers des leçons durables : ce qu’il faut faire maintenant
Il faudra impérativement renforcer les structures de contrôle civil sur l’armée — garantir que les institutions, et non des intérêts personnels ou factionnels, encadrent toute action militaire; s’assurer, au moyen d’un dispositif d’écoute et de dialogue plus efficace, que le moral des troupes est au beau fixe ; institutionnaliser la coordination sécuritaire régionale.
L’intervention de la CEDEAO et des alliés internationaux aura, certes, démontré son utilité. Cependant, il faut formaliser les mécanismes existants pour qu’ils soient mobilisables en cas de menace future. Il convient également de restaurer la confiance des citoyens — mener l’enquête avec transparence, sanctionner les responsables, mais aussi engager un dialogue pour éviter que des frustrations sociales ne soient exploitées par des acteurs tentés par la violence; préparer la transition électorale — À quelques mois de l’élection présidentielle, il est essentiel que le scrutin se déroule dans un climat de sécurité et de confiance, pour éviter que des tentatives similaires ne soient rééditées.
Somme toute, la tentative de putsch du 7 décembre 2025 au Bénin pourrait s’apparenter à un électrochoc — mais c’est aussi, paradoxalement, une démonstration que l’État, l’armée loyaliste et la solidarité régionale peuvent faire barrage. L’échec des mutins a montré que la démocratie béninoise reste défendable. Mais l’épisode rappelle aussi que la stabilité n’est jamais acquise, surtout dans une région marquée par une recrudescence des prises de pouvoir par la force.
Pour que cette crise serve de leçon, il faut transformer ce succès en réformes : rendre les institutions plus fortes, consolider la gouvernance, renforcer les garanties démocratiques, et surtout, préserver la confiance des citoyens.
NALLA BACHIROU