Le 19 novembre prochain, la capitale guinéenne accueillera le Forum parlementaire africain sur la Couverture Santé Universelle (CSU), un événement de premier plan placé sous le haut patronage du président de la République. Ce forum marque une nouvelle étape dans la démarche continentale visant à inscrire le droit à la santé dans la Constitution des États africains et à en faire une priorité effective au niveau législatif.
« L’Afrique ne peut plus tolérer que l’accès aux soins reste un privilège », a déclaré un haut responsable de l’organisation, ajoutant que « ce forum est l’occasion de traduire en actes la volonté affirmée par l’Union Africaine et ses États : garantir à chaque citoyen·ne le droit à une prise en charge sanitaire de qualité, sans souffrance financière. »
Dans un contexte où les systèmes de santé africains restent fragiles et souvent dépendants de financements externes – ce qui pose doublement question en matière de souveraineté sanitaire et de justice sociale – cette rencontre se veut un catalyseur. Elle s’inscrit dans la logique des engagements internationaux, comme la Déclaration politique de l’Nations Unies sur la CSU.
Le rôle stratégique des parlementaires
La particularité de ce forum réside dans la place centrale qu’y occupent les parlementaires. Aujourd’hui encore, la législation en matière de santé reste souvent fragmentée, les financements insuffisants et l’accès aux soins inégal. C’est pourquoi des institutions comme UHC2030 insistent sur le rôle fondamental des élus : « Les parlementaires disposent de leviers législatifs, budgétaires, de contrôle et de représentation » pour faire avancer la CSU.
« Nous devons faire en sorte que la santé ne soit pas reléguée à une politique parmi d’autres, mais qu’elle devienne un pilier constitutionnel », a affirmé une députée membre de la commission santé d’un parlement national africain. Une autre a souligné : « Sans loi-cadre, sans financement assuré et sans système de redevabilité, la CSU restera un slogan. »
Constitutionnalisation : ambition et défis
Inscrire le droit à la santé dans la Constitution d’un État traduit une ambition forte : celle de rendre irréversible l’engagement de l’État envers ses citoyen·ne·s. Mais cet objectif n’est pas sans obstacles : des techniques de rédaction législative aux contraintes budgétaires, en passant par l’adaptation des systèmes de santé – le chemin est long.
Au cours du forum, plusieurs axes seront abordés, à savoir la gouvernance et le leadership politique ; la législation, politiques publiques et droits ; le financement durable de la santé ; le suivi et l’évaluation ; l’engagement de la société civile et des communautés. « Notre ambition est de repartir de Conakry avec un plan d’action national pour chaque pays, assorti d’un calendrier clair et d’indicateurs mesurables », a précisé l’un des organisateurs.
Le contexte guinéen comme vitrine
Le choix de la Guinée pour accueillir cette initiative n’est pas anodin. Le pays se trouve à un carrefour : après plusieurs réformes sanitaires et une volonté affichée de renforcer l’accès aux soins, cette manifestation constitue une vitrine diplomatique et institutionnelle. Le fait que l’événement se déroule sous le haut patronage présidentiel souligne le niveau d’engagement attendu.
Un cadre guinéen, intervenant lors d’un atelier préparatoire, indiquait : « Nous souhaitons profiter de ce forum pour initier une révision de notre cadre constitutionnel. Il faudra que chaque Guinéen·ne sache que son droit à la santé n’est pas une faveur mais une obligation de l’État. »
Un enjeu continental et urgent
La CSU est au cœur des préoccupations de l’Afrique. Comme l’a rappelé la direction régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « Les parlements ont un rôle décisif pour la CSU et la préparation aux urgences sanitaires. » Or, malgré les progrès, les dépenses à la charge des ménages restent élevées, et l’investissement domestique dans la santé demeure trop faible — deux facteurs qui freinent l’extension réelle des soins.
Attentes et perspectives
Au terme du forum, les organisateurs comptent sur l’adoption d’une « feuille de route parlementaire » pour chaque État participant ; le renforcement des réseaux parlementaires de la CSU à l’échelle africaine ; un engagement accru des États en matière de financement national de la santé ; une dynamique continentale renouvelée en faveur de l’inscription constitutionnelle du droit à la santé. « Ce forum n’est pas simplement une réunion : c’est un moment charnière pour faire avancer la justice sanitaire en Afrique », a conclu un haut fonctionnaire africain.
En recevant cette rencontre, la Guinée s’affirme comme un acteur central de la réforme sanitaire en Afrique . Et le forum du 19 novembre pourrait bien marquer un tournant pour la couverture santé universelle sur le continent.
OUSMANE CAMARA