Le Cameroun s’enfonce dans la crise post-électorale. Relativement épargnée jusqu’ici, la ville de Ngaoundéré, capitale régionale de l’Adamaoua, a connu ses premières échauffourées ce week-end. Des centaines de manifestants, arborant les couleurs du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), ont envahi les rues pour « défendre la victoire de Tchiroma ». « On ne peut plus accepter que nos votes soient volés ! », lançait un jeune manifestant, drapeau du parti à la main.
Selon plusieurs témoins, des groupes ont tenté de prendre d’assaut le lamidat, siège du pouvoir traditionnel local, perçu comme un appui tacite au régime de Yaoundé. La tentative a été rapidement contenue par les forces de sécurité, mais l’incident illustre la montée des tensions dans cette région longtemps considérée comme loyale au pouvoir.
Dans la région du Nord, les villes de Guider et Kaélé ont elles aussi été le théâtre de rassemblements similaires. « Le peuple du septentrion se sent trahi », affirme un enseignant de Kaélé, estimant que « le régime de Biya a oublié ses promesses ».
Avec l’entrée en scène de Ngaoundéré, les trois régions septentrionales — Adamaoua, Nord et Extrême-Nord — apparaissent désormais comme le bastion de la contestation. Les manifestations pro-Tchiroma s’y multiplient, parfois quotidiennement. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de la Communication et allié de longue date du président Biya avant sa rupture, s’était présenté comme le porte-voix du « Cameroun oublié ».
À Yaoundé, le pouvoir garde le silence, mais plusieurs sources évoquent un renforcement du dispositif sécuritaire dans les grandes villes. Le ministre de l’Administration territoriale a appelé « au calme et au respect de la légalité républicaine », tandis que des responsables religieux exhortent les fidèles à « rejeter toute forme de violence ».
Dans la capitale et à Douala, la population s’inquiète d’un durcissement. Les marchés sont pris d’assaut, les familles font des réserves, et plusieurs écoles ont suspendu les cours « jusqu’à lundi prochain », date prévue pour la proclamation officielle des résultats définitifs.
La tension est donc à son comble. D’un côté, un pouvoir vieillissant qui tente de maintenir l’ordre. De l’autre, un Nord en ébullition, convaincu que l’histoire vient, cette fois, de basculer en sa faveur.
ADRIANAMIRA LHAMIDI