Madagascar vient de vivre un grand bouleversement politique. Après plusieurs semaines de manifestations commencées le 25 septembre 2025, le président Andry Rajoelina a quitté le pays le 12 octobre, avant d’être officiellement destitué par l’Assemblée nationale deux jours plus tard. Ce vendredi, le colonel Michael Randrianirina, figure du mouvement de contestation, a été investi président de la Refondation de la République de Madagascar.
Le colonel Randrianirina s’était fait remarquer en appelant les militaires à ne pas « être payés pour tirer sur nos amis, nos frères, nos sœurs ». Il avait aussi annoncé que l’armée prenait le pouvoir pour mettre fin à la crise. Sa prestation de serment a eu lieu devant les juges de la Haute Cour constitutionnelle. À cette occasion, il a reçu la Grand-Croix de première classe de l’Ordre national, une distinction d’honneur réservée aux chefs d’État.
Dans son premier discours, le nouveau président a déclaré que ce jour marquait « un tournant historique » pour Madagascar. Selon lui, le peuple est « en effervescence », animé par « la volonté du changement et l’amour profond de la patrie ». Il a rappelé qu’après 65 ans d’indépendance, le pays reste « parmi les plus pauvres du monde ». Pour le colonel, cette situation a éveillé « la conscience d’une jeunesse audacieuse », qui ne veut plus subir les injustices ni voir ses ressources pillées.
Randrianirina a salué le courage de cette jeunesse, issue pour la plupart de la Génération Z, qui a mené la contestation avec le soutien de nombreux citoyens. Tous réclament une Refondation nationale et des solutions concrètes aux problèmes quotidiens : chômage, pauvreté, coupures d’eau et d’électricité, corruption et détournements de fonds publics.
Le nouveau chef de l’État a dénoncé sans détour l’ancien pouvoir, qu’il accuse d’avoir été autoritaire, d’avoir « plongé le pays dans l’obscurité » et d’avoir « violé les droits de l’homme ». Il a promis une rupture totale avec le passé et s’est engagé à « travailler avec toutes les forces vives de la Nation » pour remettre Madagascar sur la voie du développement.
Le colonel a aussi assuré qu’il agira contre les ennemis de la République, qu’il réparera « les torts subis par les victimes du mouvement populaire » et qu’il garantira « les droits et libertés fondamentaux ».
Mais malgré les scènes de liesse dans certaines villes, l’avenir reste incertain. Madagascar a connu plusieurs coups de force militaires depuis son indépendance en 1960, et beaucoup de citoyens espèrent que cette nouvelle transition ne plongera pas encore le pays dans l’instabilité. Pour l’instant, les Malgaches attendent de voir si le colonel Randrianirina tiendra ses promesses de changement et de refondation.
ADRIAMIRA LHAMIDI