Les minerais, le nerf de la guerre en RDC

Alors que les combats reprennent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la question du commerce des minerais refait surface. Au cœur des critiques : le Rwanda, accusé de tirer profit du chaos pour exploiter, via des réseaux opaques, les ressources du Kivu. Des organisations congolaises dénoncent le rôle de Kigali et interpellent Bruxelles sur le protocole d’accord signé avec le Rwanda sur les matières premières critiques.

« Cet accord est une faute politique et morale », tranche Jean-Baptiste Mulemba, coordinateur du Réseau pour la gouvernance minière (REGOMI). « L’Union européenne ne peut pas prôner la paix tout en s’approvisionnant auprès d’un pays impliqué dans le pillage des ressources congolaises. »
Signé en 2022, le protocole d’accord entre l’UE et le Rwanda vise à sécuriser l’accès à des minerais essentiels à la transition énergétique – lithium, tungstène, coltan – mais ignore, selon ses détracteurs, la réalité du terrain : la majorité de ces minerais proviendrait de zones sous contrôle de groupes armés opérant sur le sol congolais.

Les rapports d’experts des Nations unies pointent depuis plusieurs années l’implication de l’armée rwandaise dans le soutien au mouvement rebelle M23, actif dans le Nord-Kivu. Ce dernier contrôle des sites miniers stratégiques et alimente un trafic transfrontalier estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par an.
« Chaque kilo de coltan exporté vers Kigali représente une balle de plus tirée à Rutshuru ou à Masisi », accuse Marie-Louise Kambale, militante environnementale à Goma. « Les populations locales vivent dans la peur, tandis que les multinationales ferment les yeux. »

Sur le terrain, la guerre des minerais a aussi un coût écologique considérable : forêts détruites, rivières polluées, sols contaminés. « L’exploitation illégale ne tue pas seulement des hommes, elle tue la nature », alerte Christophe Kitenge, écologue congolais. « Dans certaines zones, les paysages lunaires remplacent les champs. Les habitants perdent tout, jusqu’à leur droit à respirer un air sain. »

Face à ce constat, la société civile congolaise réclame l’annulation pure et simple de l’accord entre l’Union européenne et le Rwanda, accusé de « blanchir » les minerais issus du conflit. Plusieurs ONG européennes rejoignent cet appel, estimant que Bruxelles doit conditionner ses partenariats à une véritable traçabilité et à des garanties de paix.
« L’Europe ne peut plus ignorer que son téléphone portable ou sa voiture électrique ont peut-être un goût de sang congolais », martèle Mulemba. « Annuler cet accord serait un signal fort : celui d’une politique étrangère cohérente, respectueuse des droits humains et de la souveraineté du Congo. »

Partager

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *